Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini
Je vous présente un roman dont j’avais entendu parler depuis très longtemps. Une amie me l’a prêté car elle désire me faire partager son enthousiasme pour ce livre. Pari tenu, j’ai adoré. Ce livre vaut vraiment le détour.
Il nous fait découvrir l’Afganistan d’avant l’invasion russe, à l’époque où c’était à peine si on savait situer ce pays sur une carte. En ce temps-là, Kaboul était une ville exotique et pas le champ de ruines dont nous entendons parler chaque jour à la télévision.
Amir et Hassan sont deux amis, nés au début des années 1960. Ils sont voisins et inséparables, ils sont d’ailleurs frères de lait. Ils grandissent ensemble, mais malgré leurs jeux tout les sépare: Amir est le fils d’un riche commerçant de Kaboul, un enfant privilégié qui va à l’école tandis qu’Hassan est le fils de leur serviteur Ali, un homme bon. Les deux enfants ont perdu leur mère. Amir vit avec son père, Baba dans une somptueuse maison. Leur relation est très difficile, Amir se sent coupable de la mort de sa mère, décédée d’une hémorragie en lui donnant naissance. De plus il aime lire et écrire et n’a aucun intérêt pour les passions viriles de Baba comme la chasse ou le football. Rahim khan, un ami de Baba lui apporte affection et soutien.
Hassan a une vie simple. Il a hérité de la bonté de son père Ali et tous deux vivent dans un cabanon au fond du jardin de la grande maison. Ils appartiennent à la minorité hazara, fortement discriminée par les Pachtouns majoritaires et détenteurs du pouvoir. Hassan est destiné à devenir cuisinier comme son père et dès son plus jeune âge, il est au service de son ami Amir qu’il traite avec respect et dévotion, ce qui est loin d’être réciproque. Les enfants jouent ensemble, mais seulement lorsqu’Amir n’a pas d’amis de sa condition sociale avec qui jouer.
L’hiver marque la saison des vacances scolaires en Afganistan et celle des tournois de cerfs-volants, un évènement incontournable à Kaboul. L’hiver 1975 sera le dernier hiver heureux d’Amir et d’Hassan. Il se terminera par la trahison d’Amir et marquera le début de 25 ans de remords et de souffrance, jusqu’à ce jour de 2001, où Amir exilé aux USA recevra un appel téléphonique lui proposant de se racheter.
Nous suivons Amir et Baba dans leur parcours du Kaboul d’avant-guerre à l’ exil américain. Nous découvrons le Kaboul des années 1960 m et 70, encore marqué par la mentalité féodale.
C’est un très beau livre plein de surprises et de rebondissements. J’ai aussi beaucoup aimé la fin: il ne se termine pas par un happy end à l’américaine, trop facile après tant de souffrances endurées par les protagonistes du livre, mais juste par une porte entr’ouverte sur un petit espoir, une lueur qui brille dans la nuit.
Le temps de la prophétie, de S.J. Parris
Je vous présente ici un passionnant polar historique qui se passe en 1583 dans l’Angleterre d’Elisabeth I.
Nous suivons les aventures de Giordano Bruno, célèbre dominicain pourchassé par l’Inquisition à cause de ses idées sur l’univers qu’il juge infini. On l’accuse de sorcellerie, parce qu’il s’intéresse au savoir interdit. Il a vécu quelques années en France sous la protection du roi Henry III, mais a dû quitter Paris où ses idées dérangent trop. Il vit à Londres, à l’ambassade de France, sous la protection de l’ambassadeur, Michel de Castelnau.
Londres vit dans la terreur à cause d’un alignement de planètes prévu en cette année 1583, le peuple s’attend aux pires catastrophes, notamment à la chute de la reine. Les complots se multiplient ainsi que les prophéties apocalyptiques.
Walsingham, secrétaire d’Etat de la reine recrute Bruno comme informateur. Il doit surveiller ce qui se passe à l’ambassade, car Walsingham suspecte qu’un important complot contre Elisabeth se fomente dans ce lieu. Castelnau est effectivement partie prenante dans une conspiration destinée à chasser Elisabeth du trône en faveur de sa cousine Marie Stuart, reine d’Ecosse emprisonnée sur ordre d‘Elisabeth. Bruno devient agent double.
A ce moment une demoiselle de compagnie de la reine est assassinée, l’hystérie collective s’accroit encore et Bruno essaie de démêler un écheveau très embrouillé.
Les rebondissements se succèdent et jusqu’à la fin on ne sait pas qui est l’assassin. Les complots s’imbriquent les uns dans les autres, chaque protagonistes a ses motivations et nous voici entraînés dans une polar vraiment passionnant.
L’auteur précise en début d’ouvrage que les noms et les évènements relèvent de la fiction et non de la réalité historique. Pourtant une brève recherche dans une encyclopédie nous apprend que tous les personnages ou presque ont bel et bien existé et ont eu les fonctions qu’on leur attribue dans le roman.
Par contre rien ne prouve que l’ambassadeur de France était impliqué dans le complot tout à fait réel décrit dans le livre, ni que Bruno a vraiment joué les agents doubles, même si rien ne permet non plus de l’exclure. Mais il s’agit d’un polar et non d’un document sur l’histoire de l’Angleterre et finalement peu importe quelle est la part de la réalité et de la fiction dans ce livre très bien écrit, agréable à lire et plein de suspens. Même si les complots sont multiples et imbriqués les uns dans les autres , on arrive facilement à suivre l’intrigue qui reste très claire et explicite.
Un livre à la fois instructif et divertissant sur cette époque des guerres de religion.
En attendant Robert Capa, de Susana Fortes
Gerta Pohorylle et André Friedmann, ça vous dit quelque chose? Non? Et si je vous dis Gerda Taro et Robert Capa? Oui bien sûr, ce sont deux photographes connus. Et pourtant ce sont les mêmes personnes.
Susana Fortes nous donne la clé de ce mystère dans un très beau roman, particulièrement bien documenté. Il commence à Paris en 1933. Gerta, une Juive polonaise fuit Leipzig et la montée de l’antisémitisme avec son amie Ruth Cerf. Ses frères Karl et Oskar sont des militants communistes, comme son fiancé Georg, ce dernier s’est exilé en Italie. Les deux jeunes femmes arrivent à Paris fin 1933 un peu par hasard.
De très nombreux exilés qui fuient l’antisémitisme et/ou le fascisme se retrouvent à Paris, ils fréquentent les cafés de la Rive gauche et de Montparnasse, en particulier le Dôme et le Capoulade qui deviennent des hauts lieux de la gauche et de l’intelligentia en exil, les manifestes se succèdent. Gerta est très active dans ce milieu grâce à sa connaissance des langues étrangères.
Elle travaille comme secrétaire, puis rencontre André Friedmann, un autre exilé. Il l’initie à la photographie et peu à peu elle devient son manager et son grand amour.
Le roman raconte la vie de Gerta de son arrivée à Paris fin 1933 à son décès en juillet 1937 lors de la guerre d’Espagne. Le roman est très documenté et tous les personnages ont vraiment existé. Le point de vue adopté est celui de Gerta. On vit les 4 dernières années de sa vie avec elle. Parfois l’auteur fait intervenir un narrateur qui connaît la fin de l’histoire pour donner un aspect plus dramatique comme par exemple lorsque la mort de David Seymour (Chim) ou de Capa sont décrites alors qu’il mourront en 1947 et 1954.
Gerta est un personnage très attachant, tout comme Robert Capa.C’est une femme moderne et indépendante qui annonce Simone de Beauvoir. J’ai beaucoup aimé l’éclairage donné par l’auteur sur le Paris des années 1930 et la guerre d’Espagne. Comme tout est vrai dans ce roman, on est très proche d’un document, mais il est écrit de façon romanesque. Ce roman permet une plongée dans ces années où le destin de l’Europe a basculé sans retour.
C’est un livre très court, de 240 pages, mais très dense et d’une lecture exigeante.
7 femmes contre Edimbourg, d’Ely M. Liebow
Je range mes nombreux nouveaux livres en séries par dates auxquelles je dois rendre les chroniques. A l’intérieur d’une série, je les classe de celui qui m’attire le moins à celui qui m’attire le plus, d’après les quatrièmes pages de couvertures. Et bien souvent ce classement se révèle faux, certains livres qui m’attiraient moyennement se sont révélés de vrais coups de coeur, ou l’inverse.
J’avais classé ce livre en dernier dans sa série, j’étais impatiente de le lire et j’en attendais un grand moment. Et ce fut une grosse déception. L’un des livres les plus ennuyeux que j’aie jamais lu. Si je n’avais pas été obligée de le terminer pour en faire une chronique, je l’aurais abandonné, ce que je ne fais presque jamais.
Le descriptif au dos du livre est très alléchant, mais ce n’est qu’une moitié du roman, l’autre moitié est vraiment mortelle.
Il se passe à Edimbourg au début des années 1870 et met en scène le Dr Bell, qui est le vrai modèle de Sherlock Holmes, son collègue le Dr Watson et leur jeune assistant Arthur Conan Doyle. Il s’agit de personnages historiques, tout comme Sophia Jex-Blake, la première femme médecin du Royaume Uni.
C’est l’histoire de 7 jeunes femmes qui veulent devenir médecin et se sont inscrites à l’université d’Edimbourg. Mais les mentalités ne sont pas prêtes et on met tout en oeuvre pour les empêcher de mener à bien leur projet.
Dans la première partie du roman, nous assistons à diverses conférences et réunions, les jeunes femmes reçoivent des lettres anonymes et sont confrontées à une émeute organisée par les étudiants qui refusent l’arrivée des femmes dans leurs rangs.
Dans la deuxième moitié du livre nous assistons enfin aux meurtres et à l’enquête promis au dos du livre. A partir de là le roman devient enfin intéressant. Malheureusement il a fallu attendre la page 200 pour un livre qui en compte 400.
Il y aurait eu tous les ingrédients pour en faire un polar passionnant sur fond d’évènements historiques réels. Malheureusement la première partie du livre est consacrée à la présentation du contexte, de la condition féminine et de la façon dont les pauvres sont traités, le tout noyé dans un flot de paroles et de digressions sans fin des protagonistes, si bien que l’on nage en pleine confusion en se demandant où l’auteur veut nous conduire. Le texte se présente comme le manuscrit du Dr Watson, écrit 10 après les évènements et publié 20 ans après sa mort. Je pense que la confusion du début est voulue pour donner l’impression d’un texte produit longtemps après .
Les lectreurs intéressées par la condition féminine ou le contexte social de l’époque seront ravis. Les femmes, les pauvres et les enfants sont traités avec le plus grand mépris par la classe dirigeante et l’auteur nous en parle longuement. Il nous parle aussi des progrès de la médecine. Le livre présente un grand intérêt documentaire pour qui s’intéresse à cette époque. Mais comme polar l’intérêt est limité.
Il y a trop de longueurs dans la première partie et quand le livre devient vraiment intéressant, le lecteur a déjà décroché. Mais c’est dommage parce que ce livre aurait pu être un excellent polar si la présentation du contexte n’avait pas été ainsi tirée en longueur jusqu’à l’ennui, qui pour moi reste le sentiment dominant à la lecture de ce livre.
Kabylie twist, de Lilian Bathelot
La vie de chroniqueuse est pleine de surprises et de découvertes. Parfois ennuyeuses, ainsi je me suis rendu compte que je ne croche vraiment pas à la poésie, en chroniquant 2 recueils récemment, dont un de Rimbaud. Cet auteur ne m’avait pas laissé de mauvais souvenirs, mais là j’ai eu bien de la peine à arriver au bout du livre.
Aujourd’hui, je viens partager une magnifique découverte.
Le livre commence en été 1960 et se termine à l’automne 1962. Sylvie, Michel et Richard, Ricky de son nom de scène, sont 3 jeunes Français de 20 ans qui vivent pleinement leur jeunesse en Provence. Batteur d’un groupe pop Ricky rêve de devenir une vedette. Il est fiancé avec Sylvie, la fille d’un riche entrepreneur de la région.
Lopez (dont nous ignorons le prénom), aussi âgé de 20 ans devient inspecteur de police à Oran, car à ce moment-là il suffit d’avoir son bac pour être engagé comme inspecteur. A Djidjelli, une ville voisine de Constantine, le vie s’écoule tranquillement. Nous faisons connaissance avec monsieur Germain, l’instituteur de gauche, Claveline, petite fille de la vendeuse de journaux, une adolescente de 15 ans qui aime les romans feuilleton et Najib, un jeune Arabe de 14 ans abandonné par sa famille dont Monsieur Germain s’est occupé.
Ce qu’on appelait pudiquement “les évènements d’Algérie” vient bouleverser la vie de tous ces personnages, leurs destins se croisent dans ce pays. Le livre est découpé en chapitres courts qui suivent l’un des personnages en particulier. Ce découpage très cinématographique nous permet de suivre les évènements en adoptant le point de vue de chaque personnage à tout de rôle, nous suivons leur évolution. Ce sont des adolescents rêveurs à l’été 1960 qui deviennent adultes au cours des de ces 2 ans de vie.
L’auteur ne prend pas parti et démontre que les torts sont partagés, que des horreurs innommables ont été perpétrées par les deux camps. L’innocence est la première victime de la guerre. Les scènes de bataille sont brèves, ce n’est pas un livre de guerre. Celle-ci est larvée, et une partie du pays continue à vivre comme si rien ne se passait.
Les personnages sont très attachants et positifs, la fin très belle et optimiste. J’ai aussi beaucoup aimé l’annexe d’une dizaine de pages à la fin du roman qui résume l’histoire de l’Algérie de 1750 à 1962 et apporte un tout autre éclairage sur la guerre d’Algérie. Je croyais qu’elle avait commencé en 1954 lors de la Toussaint sanglante pour se terminer par les accords d’Evian dont nous venons de fêter les 50 ans. L’histoire est beaucoup plus complexe et on peut dire que cette guerre commence en 1801 lors de la conquête de l’Egypte par Napoléon.
Ce livre est très plaisant à lire et permet de découvrir une période mal connue. La seule chose que je n’ai pas aimé est l’usage de la langue parlée dans certains chapitres. Mais en dehors de cela ce livre est un tout grand coup de coeur.
Lotus
Voici le deuxième tableau de la trilogie Méditation que je présente à un concours fin avril. J’en profite pour remercier ma chère Irène qui m’a aidée à réaliser le dessin de base. Je me suis fortement inspirée d’un de ses tableaux car je n’arrivais pas à dessiner cette fleur si touffue.
J’ai choisi ce sujet car le premier tableau de la trilogie est le Bouddha rouge, donc j’ai bâti une série sur le thème de la méditation. Le dernier est un torii au coucher du soleil, en cours de réalisation.
Les tableaux doivent être encadrés pour le concours, une première pour moi. Mon prof de peinture, qui sait tout faire va me les encadrer.
Malheureusement, la photo rend très mal la couleur de la fleur qui a aussi beaucoup d’orange clair et de saumon, ainsi que du jaune de Naples. Elle n’est pas si rose-violet, même si ces deux couleurs y sont aussi. Il y a aussi des effets de matière qu’on ne voit pas du tout sur l’image,
Un café sur la Lune, de Jean-Marie Gourio
Je vais partager aujourd’hui avec vous un petit livre étrange et poétique, bien loin des polars que j’aime… mais je ne tiens pas à me cantonner à un seul genre, grâce aux chroniques de l’imaginaire, je découvre bien des trésors inattendus.
En 2095, la Terre est ravagée par les crises économiques et climatiques. Elle est encore habitable, mais les autorités ont entrepris depuis quelques années la colonisation de la Lune. Si certains colons y vont de leur plein gré dans l’espoir d’une vie meilleure, la planète sert aussi à se débarrasser marginaux ou des personnes qui troublent l’ordre public de façon grave ou non. Ainsi, comme pour l’Australie autrefois, on offre aux colons de faire table rase de leur passé sur Terre s’ils s’engagent dans les mines lunaires.
Cette nuit marque l’ouverture du premier café sur la Lune, tenu par Bob Feinn un Irlandais et sa femme Tin Tao une dissidente chinoise. Bob a dû se démener pour obtenir l’autorisation d’ouvrir son bar car les autorités craignent des troubles à l’ordre public. Les premiers clients affluent.Ce sont tous des marginaux. Il y a un groupe de mineurs, des chanteuses, des enfants perdus, des Touaregs et quelques autres . Ce sera une nuit de folie, d’ivresse, de bataille, mais surtout de poésie.
Les hommes communient dans la chaleur du café, de nouveaux rêves et de nouveaux espoirs prennent corps.
Un libraire amoureux des vieux livres fait vivre la littérature en semant des volumes sur la Lune. C’est ainsi qu’un des mineurs puise son énergie en lisant Jean Genet. Il y a peu d’action dans ce roman, sauf à la fin, mais la langue est d’une incroyable richesse. On peut le lire comme un long poème en prose dédié à la fête, bien sûr, mais surtout à l’amitié, à la vie dans un univers où chacun trouve sa place, aussi un hymne à la tolérance qui dit la richesse des exclus et des marginaux. La Lune devient le lieu de tous les possibles.
Même si le livre se passe sur la Lune, c’est un prétexte pour parler de la Terre et on ne peut pas le ranger dans la catégorie science-fiction.
Séléné et le pouvoir de la Lune, de Sandra Rastoll
Je remercie Mon petit éditeur qui m’a proposé un partenariat pour ce livre. Cela fait toujours plaisir .
Il s’agit d’un livre destiné à un public adolescent. Il raconte l’histoire de Séléné, une petite fille qui vit dans les Alpes françaises. Elle est née à minuit un soir de pleine lune et vit avec sa mère célibataire et sa grand mère.
L es deux femmes se disputent souvent pour savoir s’il faut révéler leur secret à l’enfant. La veille de son neuvième anniversaire, Célestia, la Grande Sage de la Cité blanche les informe que le moment est venu.
Lors de sa fête d’anniversaire, Séléné est connectée à la Lune, sa planète. Elle apprend qu’elle est un Avatar et qu’elle s’est réincarnée sur terre pour aider l’humanité. Durant les vacances d’été, elle part en stage dans la Cité blanche et rencontre les autres Avatars. Ils connaîtront diverses aventures et finiront bien sûr par sauver la terre et l’harmonie des Mondes.
C’est un moment de lecture agréable. L’intrigue est certes assez prévisible, mais les jeunes filles à qui le livre est destiné seront bien sûr beaucoup moins sensible à cet aspect que des adultes dévoreurs de livres. C’est un récit plein d’émotion et de tendresse.
Au niveau de la forme, j’ai regretté que l’on ne change pas de paragraphe quand on change de plan. Une fois qu’on est bien entré dans l’histoire, c’est moins gênant, mais au début on ne sait plus si on est dans la Cité blanche ou sur terre.
L’enfant perdu, de John Hart
Voici le deuxième livre du mois de mars, reçu pour la sélection du prix des lecteurs 2012. Le choix a été vraiment très difficile ce mois, j’aurais bien mis les deux livres ex-aequo, mais on ne peut peut pas.
A 13 ans Johnny est à la dérive depuis la disparition d’Alyssa sa soeur jumelle un an auparavant. Jusque là il avait vécu une enfance protégée: une famille très unie de la classe moyenne, un père entrepreneur, sa mère au foyer et une enfance heureuse. Jusqu’à ce jour où Alyssa ne rentre pas. Depuis sa famille s’est disloquée, sa mère a sombré dans l’alcoolisme et la drogue, elle est sous l’emprise de Ken, un homme riche et puissant qui la bat, abuse d’elle et maltraite aussi Johnny. Son père rongé par la culpabilité est parti 2 semaines après la disparition de sa fille et n’a plus jamais donné de nouvelles. Le soir de la disparition, il a oublié d’aller chercher Alyssa à la bibliothèque et elle est rentrée toute seule à pieds. Elle a été obligée de monter à bord d’une camionnette et depuis personne ne l’a jamais revue. Jack, l’ami de Johnny a assisté au drame de loin, mais il n’a rien pu faire pour sauver sa copine de classe.
Johnny est persuadé que sa soeur est encore en vie, il a établi la liste des pédophiles ou d’autres délinquants réputés dangereux et les surveille, il fouille leur maison et les espionne le plus souvent possible. Comme sa mère est totalement défoncée par les drogues et les médicaments, Johnny se débrouille comme il peut.
Un matin à 6h, l’inspecteur Hunt trouve l’enfant qui fait des courses tout seul dans un magasin de la ville. Il sait conduire et se débrouille comme un grand, mais Hunt veille sur lui de loin. Il est chargé de l’enquête sur la disparition d’Alyssa et est bouleversé de voir à quel point la vie de cette famille a été anéantie. Il a un faible pour Katherine, la mère de Johnny et souffre de la voir si malmenée par Ken, il est révolté aussi par l’abandon et la maltraitance dont souffre le petit garçon. La disparition d’Alyssa l’obsède aussi, il travaille sur ce dossier une bonne partie de ses nuits, en plus de son travail habituel. Sa femme l’a quitté et sa relation avec son fils de 18 ans est faite d’incompréhension.
Hunt met en garde Johnny pour la Xième fois, lui dit d’arrêter d’importuner les gens et surtout de surveiller les délinquants, ce n’est pas le travail d’un enfant et c’est très dangereux. Johnny est absolument sûr qu’Alyssa est séquestrée dans une cave tout près de chez eux et que l’inspecteur se fiche de l’enquête. Il se sent abandonné par Dieu et cherche des ressources dans des croyances traditionnelles, indiennes ou autres.
Johnny s’est isolé des autres enfants et Jack est son seul ami. Ce dernier a un bras atrophié, de mauvais penchants et aide son ami dans sa quête, même s’il ne croit pas qu’Alyssa soit encore en vie.
Un après-midi, alors que Johnny a séché l’école une fois de plus et qu’il joue au bord de la rivière, un homme tombe du pont tout près de lui. Avant de mourir, il a le temps de lui dire qu’il sait où est la fille qui a disparu. Johnny a vu une silhouette pousser l’homme, il est terrifié et s’enfuit en courant. Sur le chemin, un grand noir baraqué le prend dans ses bras, ce qui lui fait encore plus peur, il le mord au sang et s’enfuit de plus belle. Près de chez lui il est rattrapé par Ken l’amant de sa mère qui en profite pour le frapper. La ville est en ébullition, car une autre fillette vient de disparaître un an après Alyssa.
Jonnhy informe Hunt de ce qui vient de se passer. Persuadé qu’il est sur le point de retrouver sa soeur, il se lance à corps perdu dans son enquête qui débouchera sur une conclusion inattendue après de nombreux rebondissements.
Le roman nous permet de suivre Johnny et l’inspecteur Hunt qui sont les deux principaux personnages du roman. Ils sont attachants et à travers eux nous suivons les bouleversements engendrés dans la communauté par la disparition des fillettes. Il s’agit d’un polar à la construction classique dans lequel le suspens va crescendo. Le crime ne sera pas impuni et les héros du livre prendront un nouveau départ.
Les personnages ne manquent pas de profondeur et ce livre est un régal. Nous partageons l’imaginaire d’un enfant qui essaie de survivre au tsunami qui a dévasté sa famille, finalement le seul adulte qui tente de lui venir en aide est l’inspecteur Hunt.
La onzième plaie, d’Aurélien Molas
Je vous présente le premier des deux polars reçus dans le cadre du prix des lecteurs du Livre de poche pour le mois de mars. Je ne sais pas encore ce que va me réserver le deuxième, qui semble aussi très prometteur, mais celui-ci est un excellent thriller, je ne me suis pas ennuyée une seconde en le lisant et si le second est aussi prenant, j’aurai bien de la peine à faire mon choix lors du vote.
Ce livre très dur nous plonge au coeur de la lutte contre la pédophilie dans un Paris dévasté par la grogne sociale et les émeutes.
Le capitaine Alain Broissard est envoyé au Havre où les douaniers ont intercepté par hasard un container contenant des DVD de pornographie enfantine particulièrement horribles. Alain a été envoyé au Havre par son chef, Maxime Kolbe, parce qu’à Paris se déroule le procès de Gérard Maurois, un présumé pédophile que son unité a arrêté. L’affaire se présente mal car la foule a incendié sa maison en apprenant son arrestation. Sa femme et son fils de 6 ans sont morts dans les flammes. Les pièces à conviction sont très lacunaires et le prévenu est acquitté. Il s’empressse de déposer plainte contre les 2 policiers à l’origine de son arrestation.
En même temps, les lieutenants Paul Garcia et Blandine Pothin, équipiers au travail et dans la vie, sont envoyés par leur supérieur dans le métro où deux jeunes filles se sont suicidées en se jetant sous un train. L’affaire est vite classée par le procureur, le commissaire Rilk qui voyageait sur cette ligne a assisté au drame, ainsi que tous les témoins qui sont formels: les deux filles ce sont jetées sous le métro. Blandine trouve que quelque chose cloche et enquête sur ce suicide contre l’avis de son supérieur, le commissaire Rilk.
Suite à leur erreur qui a causé la mort de deux personnes, Alain et Maxime sont suspendus. Leur collègue Léo continue tout seul l’enquête sur l’affaire du Havre. Maxime se plie à la sanction et collabore avec la police des polices qui découvre que l’enquête sur Maurois a été bâclée et que nombre de documents sont falsifiés. Alain refuse de charger son supérieur et ami, comme on le lui propose et prend la fuite. Il veut absolument résoudre l’affaire du Havre et mène une enquête clandestine avec un ami.
Les divers protagonistes mènent des enquêtes parallèles qui finissent par s’imbriquer et révèlent l’étendue de la corruption qui minent les services de police.
Comme le lecteur suit l’ensemble des enquêtes en cours, il sait bien avant les policiers qui est l’assassin. Le suspense dure jusqu’au bout du roman et les révélations s’enchaînent.
Il s’agit d’un polar très dur, avec beaucoup de violence et de cadavres. l’auteur insiste sur les plaies de l’âme des policiers, leurs motivations, leurs blessures secrètes. Côtoyer l’horreur au quotidien les mutile au plus profond de leur être. Cet aspect est particulièrement intéressant et original, il est rare de voir les états d’âme des policiers dans les thrillers. La justice finira par triompher, mais tous les protagonistes y paieront un très lourd tribut. La construction des phrases est parfois très hâchée et les mots très crus lorsqu’il s’agit de souligner la souffrance des policiers, prêts à tous les compromis pour sauver les enfants en danger.J’ai beaucoup aimé cette manière de lier la forme et le fond.
Dans l’ensemble je trouve ce livre très original, il nous permet de suivre les enquêtes en acteur et non en spectateur, tant Aurélien Molas a su nous faire pénétrer dans la tête et les le coeur de ces policiers.
![Cerfs volants [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/cerfs-volants-1600x1200.gif?w=455&h=732)
![Prophétie parris [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/prophc3a9tie-parris-1600x1200.jpg?w=455&h=748)
![capaune [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/capaune-1600x1200.jpg?w=455&h=569)
![7 femmes [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/7-femmes-1600x1200.gif?w=455&h=455)
![kabylie_twist_200 [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/kabylie_twist_200-1600x1200.jpg?w=455&h=707)
![Lotus [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/03/lotus-1600x1200.jpg?w=455&h=683)
![café [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/cafc3a9-1600x1200.jpg?w=455&h=767)
![Séléné [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/sc3a9lc3a9nc3a9-1600x1200.jpg?w=455&h=455)
![enfant perdu [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/04/enfant-perdu-1600x1200.gif?w=455&h=732)
![plaie [1600x1200]](http://pat0212.files.wordpress.com/2012/03/plaie-1600x1200.jpg?w=455&h=739)
