Une page se tourne

Pour le moment, l’aventure de la Fée verte s’arrête.

Il y a bien longtemps que je ne parle plus de cosmétique ou de peinture. Je ne mets que mes chroniques de livres… Donc j’ai décidé de refaire un blog consacré exclusivement aux livres. Tout les articles ont été transférés et vous pouvez me retrouvez sur

L’ILE AUX TRENTE POLARS

Bien entendu il y aura plus de 30 polars au menu, et d’autres genres littéraires aussi, mais il n’est pas facile de trouver un nom pour un nouveau blog.

Le nouveau blog a sa page FB et un concours aura lieu dès qu’il y aura 100 j’aime.

Un très grand merci aux personnes qui ont suivi l’aventure de La Fée verte et son évolution. J’espère vous retrouver nombreux sur ma nouvelle île. Ce blog ne sera pas supprimé, mais il ne sera plus alimenté ou mis en jour, sauf improbable changement d’avis.

Blog en pause

 

7 septembre 2013 at 1 h 43 min Laisser un commentaire

La guerre des nains, de Danielle Thiéry

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Ce titre fait penser à de la fantasy mais il s’agit d’un polar, sans aucune note de fantasy, de fantastique ou de magie. Ce livre nous transporte dans une banlieue de Paris, imaginaire, mais très réaliste,  au milieu des années nonante.

Olive, Fil et Biboul sont trois adolescents des Acacias, un quartier plutôt bourgeois, du moins petit-bourgeois. Leurs parents sont professeurs. Leur sport favori est le paint-ball et le livre s’ouvre justement sur une partie acharnée qui oppose les Red Dragons des héros aux Bad Snakes d’un autre quartier. La partie se déroule dans les bois qui entourent un fort militaire désaffecté. Olive est frappé par un vrai tir, son ami Biboul est paniqué, mais pense qu’Olive fait semblant, qu’il a monté un canular pour se moquer de lui. Constatant qu’Olive est vraiment blessé, il va chercher on frère Fil, mais lorsqu’ils reviennent tous les deux, Olive n’est plus là. Les deux jeunes sont persuadés qu’il s’agit d’une farce. Le lendemain, Olive est introuvable et sa mère paniquée. Elle harcèle le commissaire Le Guennec pour qu’ils entreprennent des recherches, mais il lui dit qu’il s’agit sûrement d’une fugue, qu’Olive à dix-sept ans n’est plus considéré comme un enfant disparu et que son cas n’est pas prioritaire.

Le commissaire est un vieil ours mal léché et bourru qui porte un lourd secret : Il a perdu sa femme et son fils dans un accident de voiture dix ans plus tôt, dont il est en bonne partie responsable. Il n’arrive pas à faire son deuil et depuis il vit comme un sauvage, fume, boit et ne pense qu’à son travail. Il a d’ailleurs fort à faire pour surveiller le quartier de la Dame Blanche, une cité toujours prête à s’enflammer, il sent le feu couver sous la cendre. Fil et Biboul sont au courant de quelque chose, mais refusent d’en parler. Jeanne Tourville, la mère d’Olivier continue à harceler le commissaire comme son fils n’est toujours pas revenu au bout de trois jours. Pour avoir la paix, il va la voir et interroge les autres jeunes du groupe, il sent bien qu’il y a anguille sous roche, mais pour lui ce n’est pas une priorité, d’ailleurs le commissariat vient d’appeler au secours après avoir été attaqué par des loubards.

Ce roman est plein d’action, de rebondissement et de personnages truculents. On ne s’y ennuie pas une minute et c’est une lecture vraiment plaisante. L’auteur, elle-même commissaire, insiste dans la préface que ce livre a été écrit il y a environ vingt ans et c’est important car les personnages paraissent un peu stéréotypés aujourd’hui. Il y a le policier désespéré qui va retrouver l’envie de vivre, le jeune flic manipulé à son insu, les loubards des cités, les très méchants islamistes et le gentil Arabe, qui se révèlera bien moins innocent qu’il n’en a l’air. Un autre point faible du livre est le happy end final. Si la noirceur de la cité semble très réaliste, la fin l’est moins. Tout à coup on se retrouve transporté dans le meilleur des mondes où les gentils triomphent et surtout où tous les méchants seront punis comme ils le méritent.

En dehors de cela, l’intrigue est intéressante et très bien ficelée, c’est un polar dans lequel on n’a pas le temps de s’ennuyer.

La guerre des nains

 

5 septembre 2013 at 6 h 44 min Laisser un commentaire

Sur le fil du rasoir, Oliver Harris

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Voici un polar qui nous entraîne dans les bas fonds de la finance londonienne et de la corruption. Au début du roman, Nick Belsey se réveille dans un jardin public un matin de février, sur le parking une voiture de patrouille est défoncée. Nick ne sait plus trop ce qui s’est passé. Depuis quelques temps, il est à la dérive. C’est un flic alcoolique, lassé de son métier et surendetté. Il vient de se faire expulser de sa chambre pour cause de loyer impayé, Il n’a même plus un toit sur la tête et ne sait plus ce qu’il a fait au cours de sa dernière soirée arrosée, mais il sent qu’il est à la veille de perdre son travail de flic. Il aimerait sortir de cette situation mais n’en a pas la force. Il s’attend toutefois à avoir de graves problèmes pour ses exploits de la nuit, ce qui ne manque pas d’arriver : Il est convoqué le lendemain par la police des polices.

En attendant, la vie continue et il reçoit un appel lui signalant la disparition d’un milliardaire russe, Alexei Devereux. Normalement les disparitions d’adultes ne sont pas traitées si rapidement, mais comme il s’agit d’une personnalité, Nick se rend chez lui pour voir ce qui se passe. Il trouve une lettre indiquant un suicide, mais aucune trace du corps. La maison est magnifique, située dans un quartier très huppé et Nick est ébloui par tout ce luxe. Durant la journée il trouve diverses petites combines pour se faire payer des verres, quand il ne vole pas carrément du whisky et de la nourriture, n’ayant pratiquement plus un sous en poche. Le soir venu, comme il n’a nul endroit où dormir, il retourne chez le Russe et passe la nuit sur son canapé. Peu à peu, Nick décide de voler l’identité d’Alexei, il utilise sa Porsche Cayenne, essaie sa carte de crédit. Le lendemain soir il trouve le corps dans la chambre forte.Nick décide de vider son compte et de s’enfuir de Londres, mais son projet est difficile à mettre en oeuvre, il doit activer divers réseaux pas nets du tout qu’il fréquente.

La vie d’Alexei semble dangereuse et un tueur professionnel élimine ses proches. Nick enquête sur le Russe pour mieux l’escroquer, mais il n’est pas seul sur le coup et doit prendre les plus grandes précautions. Il tombe aussi amoureux d’une journaliste qui enquête sur les magouilles de la City.

Un polar qui suit un rythme progressif. Le début n’est pas très accrocheur, Nick est un flic aux abois prêt à toutes les combines pour boire un verre gratis ou manger sur le compte d’autrui, de plus il n’est pas très sympathique. Le rythme accélère progressivement durant la première moitié du livre pour atteindre un pic: l’histoire se complique, d’autres personnages font leur apparition et Nick doit redoubler de prudence et de ruse face à un adversaire déterminé et plus compétent que lui en matière d’escroquerie.

Ce livre nous entraîne dans les bas fonds de la finance et de la corruption, avec des flics plus véreux les uns que les autres. Il est vraiment très dense, d’une écriture serrée. Même si la deuxième moitié est pleine d’action, de rebondissement et de suspense, ce n’est pas un livre vite lu. Londres est aussi un personnage du livre et comme je ne connais pas du tout celle ville, je pense avoir perdu quelque chose.

Sur le fil du rasoir

 

31 août 2013 at 7 h 07 min Laisser un commentaire

Meurtre à la sauce cajun, de Robert Crais

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Un gros coup de coeur pour ce thriller qui a vraiment tout pour plaire : de l’humour, de l’action et même de l’amour, le tout à cent à l’heure, sans temps mort, ni baisse de régime, un de ces livres qu’on aimerait lire d’une seule traite jusqu’à une heure indécente. Etant une dévoreuse de polars et de thrillers un rien compulsive, j’ai vraiment matière à comparaison et celui-ci mérite d’être classé tout en haut du hit-parade.

C’est avec un immense plaisir que j’ai découvert cette nouvelle aventure de Joe Pike et d’Elvis Cole, les deux détectives de Los Angeles. Elvis est chargé par Jodi Taylor de retrouver la trace de ses parents naturels pour connaître ses antécédents médicaux. Jodi est la vedette d’une série qui met en scène la classe moyenne américaine. Elle y incarne une mère de famille de quatre enfants qui chante le week end dans un bar en espérant devenir une vedette de la chanson. Accompagnée de son manager Sid, Jodi précise bien à Elvis qu’elle ne désire pas rencontrer ses parents naturels, mais juste connaître ses risques médicaux. Sid lui fait jurer le plus grand secret et la plus grande discrétion, points sur lesquels Jodi insiste également. Elle a déjà dit qu’elle avait été adoptée et qu’elle considère ses parents adoptifs comme sa vraie famille, mais elle ne veut pas que la presse fouille dans sa vie privée. Elle lui donne les coordonnées de Maître Chenier, une avocate de Baton Rouge spécialisée dans les adoptions et Elvis s’envole pour la Louisiane.

A son arrivée, Lucy Chenier lui apprend que le dossier est scellé et ne peut être consulté aux archives de l’Etat, Elvis doit donc mener une enquête non officielle. Il s’aperçoit bien vite qu’il n’est pas seul sur ce dossier et un détective privé de la place semble avoir déjà quelques longueurs d’avance sur lui. Il ne faut que quelques jours à Elvis pour tomber sous le charme de Lucy et comprendre qu’il ne s’agit pas de retrouver des antécédents médicaux. Jodi et Sid se sont moqué de lui, il s’agit d’une affaire bien plus grave. Ayant involontairement provoqué la mort de son concurrent en parlant trop, Elvis revient à Los Angeles et menace Jodi de tout révéler, la tenant pour responsable de la mort du détective par ses mensonges. Il est bien décidé à faire éclater la vérité quoi qu’en pense Jodi.

Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas déflorer le suspense de cet excellent thriller, ce qui vous gâcherait le plaisir. Contrairement à ce qu’on pourrait déduire du titre original Voodoo River, ce n’est pas la Louisiane côté vaudou que nous découvrons dans ce livre, mais celle des vieux crimes racistes et de la traite d’êtres humains sur lesquels les autorités ont trop longtemps fermé les yeux.  D’autres thèmes du livre: la quête d’identité, la lâcheté, l’amour et quelques autres travers humains. Des ingrédients qui ont servi à composer un excellent thriller qu’il serait dommage de manquer.

Meurtre à la sauce cajun

27 août 2013 at 7 h 44 min 2 commentaires

Chamamé, de Leonardo Oyola

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Leonardo Oyola nous embarque pour un road movie sanglant en Argentine, dans la zone de la triple frontière, celle de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar, mais plutôt d’un roman noir, vraiment très noir:

Pasteur Noé et Perro sont deux pirates de la route ultra violents, en particulier Pasteur Noé. C’est un drôle de pasteur en fait, il a jeté celui de la prison en bas du toit et a pris sa place après s’être auto proclamé. D’ailleurs rien ne dit que sa victime était un ecclésisastique plus convenable que lui. Il parle sans cesse de Dieu et affirme qu’Il lui parle, ce qui ne l’empêche pas d’être un assassin sanguinaire, cruel et surtout complètement fou. Son complice et ami est Perro, un beau gosse surdoué dans la conduite. Ils kidnappent une jeune fille et sa domestique, le père paie la rançon rubis sur l’ongle, mais tout dérape: Pasteur Noé décide de garder tout le butin pour lui et les deux otages meurent. Perro se lance à sa poursuite dans la pampa avant que son complice n’atteigne la triple frontière.

En fait l’histoire ne se déroule pas de manière si linéaire, la temporalité est complètement brouillée. Le personnage principal et narrateur est Perro et le récit fait des allers-retours incessants entre le présent et les flash back dans lesquels il raconte son histoire. Le temps semble ramassé et on a l’impression que tous les évènements sont très proches, alors qu’on comprend à la fin qu’il s’écoule plusieurs années depuis les scènes de violence vécues en prison et la chasse à l’homme entreprise par Perro. Le récit semble le plus souvent très embrouillé. Si Pasteur Noé n’est pas bien sympathique, on comprend que ces hommes ont vécu dans le milieu de la délinquance depuis leur plus jeune âge et n’ont pas vraiment pu s’en sortir. Toutefois Perro sait qu’il a eu sa chance avec Julia, qu’il a aimée et continue à aimer, mais il n’a pas eu le courage et la force de devenir un petit paysan pauvre, il a préféré l’adrénaline et l’argent facile. C’est ce qui rend ce roman si noir, les personnages sont englués dans un destin dont ils ne peuvent sortir. Même s’il est un assassin qui relève du grand banditisme, Perro reste un personnage finalement sympathique et attachant, il n’a pas perdu toute son humanité, contrairement au Pasteur Noé.

Au niveau du style, ce livre n’est pas très agréable à lire, il est écrit dans une langue crue et argotique. Je me doute bien que des voyous ne parlent pas à l’imparfait du subjonctif, du moins pas ce style de voyous (on n’est vraiment pas dans le monde huppé de la haute finance et des délits qui vont avec !), mais quand même, je n’apprécie pas du tout ce langage souvent très vulgaire. Les héros se réfèrent sans cesse à des chansons de Bon Jovi, de Guns N Rosies et d’autres groupes de rock ou de hard rock et l’auteur nous gratifie de larges extraits de ces chansons, qui sont souvent aussi peu raffinées que le reste du texte. Les autres références culturelles des personnages sont centrées sur des séries américaines anciennes et des dessins animés japonais. D’ailleurs Noé dans sa folie confond les paroles de Dieu et celles des chansons. Rien de tout cela ne fait partie de mon univers culturel et j’avoue que je n’aurais pas dépassé dix pages de ce livre si je n’y avais pas été obligée.  Au final, j’ai apprécié le personnage de Perro, dont l’humanité émerge peu à peu dans ce déluge de violence, mais la langue du texte est pour moi un défaut rédhibitoire, même si je comprends sans peine l’intention de l’auteur. Je ne suis pas sûre qu’il soit indispensable d’être si vulgaire pour évoquer le monde de la délinquance.

Chamamé

23 août 2013 at 6 h 46 min Laisser un commentaire

Défense de tuer , de Louise Penny

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

C’est la première fois que je lis un polar canadien et j’ai été immédiatement séduite.

L’inspecteur chef  Armand Gamache et sa femme Reine-Marie arrivent au Manoir Bellechassse, une auberge construite en rondins dans la forêt, au bord d’un lac. Ils y viennent chaque année fêter leur anniversaire de mariage, et ceci pour la trente-cinquième fois. Madame Dubois, la patronne leur annonce qu’il ne restait que la petite chambre de la forêt, car cette année, la famille Morrow est venue avec un mois d’avance pour leur réunion annuelle. Armand et sa femme sont très heureux de se retrouver dans cette belle nature québécoise  et se soucient peu de leur chambre, ils retrouvent leurs habitudes estivales avec joie. Madame Dubois est très discrète et les autres clients ignorent qu’Armand est policier. La famille Morrow est plutôt antipathique, il s’agit de riches industriels venus fêter le patriarche. Il y a la mère et le beau père, très âgés, trois des quatre enfants qui frisent la soixantaine et Bean le petit enfant de neuf ans. Les Morrow et les Gamache se voient seulement aux repas et dans la soirée. Une statue de Charles Morrow va être érigée dans le jardin, sa famille ayant autrefois participé à la construction du manoir. Les Morrow ont chacun leur personnalité, mais à part Julia, ils sont peu sympathiques et se trouvent très supérieurs à Armand qu’ils croient être un petit commerçant.Le service est parfait, assuré par la chef Véronique et Pierre le maître d’hôtel, qui encadrent des jeunes en formation. L’inauguration de la statue doit avoir lieu le lendemain après l’arrivée de Spot et de sa femme, présentés par les autres comme les pires de la famille. Les Gamache se demandent ce qui les attend et ils ont finalement la surprise de voir qu’il s’agit en fait de leurs amis Peter et Clara, deux artistes de la région.

La statue est inaugurée en fin d’après-midi et le lendemain matin, une jeune jardinière trouve le cadavre de Julia écrasé par la statue de son père tombé de son socle. Armand et deux de ses collègues prennent alors les choses en main.

Il s’agit d’un polar très classique à l’écriture cinématographique, on a souvent l’impression d’une écriture destinée à devenir la base d’un film. Il y a parfois trop de détails, qui accentuent cette impression de scénario. Les indices sont semés peu à peu et de façon très habile. Même si un des policiers a très vite la bonne intuition, le lecteur suit l’enquête avec intérêt. C’est un polar à l’ancienne, même si l’intrigue est contemporaine, Gamache raisonne par déduction, et si des techniques de police moderne sont évoquées, elles n’influencent pas la progression de l’histoire, qui se déroule tranquillement, l’inspecteur chef prenant le temps d’aller à une fête dans un village voisin. Le dénouement est tout à fait inattendu. Le livre nous offre aussi une réflexion intéressante sur l’éthique et les apparences. On assiste à une sorte de translation. L’image qui se dégage des personnages au début du livre est fausse , Gamache et Bert Finney feront peu à peu émerger leur vérité.

J’ai beaucoup aimé ce polar peu violent, avec peu d’action, mais une enquête basée sur des déductions et une ambiance de vacances un peu rétro. Une très belle découverte, j’espère pouvoir lire d’autres enquêtes de ce personnage digne d‘Agatha Christie. J’ai aussi beaucoup aimé les termes québécois et la belle langue de l’auteur, qui écrit en anglais.

défense de tuer

19 août 2013 at 7 h 07 min Laisser un commentaire

Qui a tué l’ayatollah Kanuni?, de Naïri Nahaphétian

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

J’étais très curieuse de découvrir ce premier polar made in Iran, comme l’affirme la couverture du roman. Et c’est une très belle découverte.

Narek est un jeune Français d’origine iranienne qui a quitté le pays en 1982 à l’âge de quatre ans, avec son père. Ils sont installés à Paris. Depuis, Narek ne se souvient pas bien de sa mère, il n’en a qu’une image: Elle est dans une véranda avec des plante, elle porte une mini jupe et une veste en daim orange. Son père ne lui en parle jamais, il sait seulement qu’elle est morte d’une hémorragie cérébrale quand il était tout petit. Aujourd’hui, en 2005, Narek a vingt sept ans, il a la double nationalité et se destine au journalisme. Il essaie de décrocher un stage. Il a aussi raté l’examen d’entrer à Science-Po, car il a été interrogé sur son pays d’origine et s’est avéré incapable de répondre. Comme les journaux dans lesquels il aimerait effectuer son stage trouvent qu’il manque d’expérience de terrain, il décide de faire d’une pierre deux coups et de partir en vacances en Iran pour rapporter un reportage sur les élections présidentielles.

Et voici Narek chez une de ses tantes qu’il ne connaît pas, le clan familial vient le visiter, il découvre peu à peu la vie à Téhéran. Il rencontre Leila Tabihi, responsable d’une association féministe islamique (Eh oui ça existe !), candidate aux élections présidentielles, mais surtout qui fut une amie proche de sa mère.  Après leur rencontre, elle lui propose de le raccompagner chez lui. Elle doit juste s’arrêter au palis de justice pour déposer des documents et lui propose de l’attendre dans la voiture. Narek insiste pour l’accompagner, ce qui la contrarie, mais elle le laisse venir avec elle, il attendra dans une des salles d’attente. Au bout d’une demie heure, un garde arrive et emmène Narek dans le bureau d’un religieux assassiné où se trouve Leila. Ils sont tous deux arrêtés et passent la nuit en prison.Narek s’imagine les pires choses.

Leila et son ami Mirza Mozaffar, un ancien ministre essaient d’enquêter discrètement, mais c’est difficile et surtout très dangereux dans ce pays dictatorial et corrompu. Narek reste surtout spectateur, pourtant il finira par en apprendre plus sur ce pays et surtout sur sa famille.

Ce roman est très agréable à lire, on ne s’y ennuie pas une minute. Il y a un lexique à la fin pour expliquer les termes spécifiques à la culture iranienne et les noms des dirigeants actuels dans lesquels on peut reconnaître certains personnages du livre. La politique est présente tout au long du roman et l’auteur souligne que la victoire d‘Armadinedjah était tout à fait inattendue, en tout cas pour les intellectuels et les riches bourgeois qui sont les personnages principaux du livre.

Ce n’est pas un polar classique car les enquêteurs sont clandestins et doivent se montrer très prudents. L’auteur a pour but de nous parler de la vie en Iran loin des préjugés occidentaux. Je ne suis pas sûr qu’il ait atteint son but, car l’Iran que nous découvrons dans son roman est très noir. La répression continue, même si elle n’est plus aussi violente et systématique qu’à l’époque de Khomeiny et surtout le pouvoir est gangréné par la corruption, en particulier les fondations islamiques. Je ne sais pas quels préjugés l’auteur attribue aux Occidentaux, mais son livre n’a pas changé mon avis sur ce pays: un coin où il ne fait pas bon vivre, surtout si on est une femme.

L’enquête atypique menée par Leila nous permet de découvrir différentes facettes du pouvoir et de la société iraniens et même s’il ne ressemble pas aux polars auxquels on est habitué, ce livre mérite vraiment d’être découvert.

qui a tué l'ayatollah

15 août 2013 at 6 h 25 min 1 commentaire

Les asségés du Mont Anis, de Laetitia Bourgeois

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Barthélémy et sa femme Ysabellis fuient leur village, Ysabellis aimerait s’en aller jusqu’à Naples, mais son mari estime que Le Puy à quatre jours de marche est suffisant. Ils s’y installent et commencent une nouvelle vie. Barthélémy trouve tout de suite un emploi de maçon auprès de Durand Solier et Ysabellis reprend sa tâche de guérisseuse et sage-femme. On ne sait pas très bien ce qu’ils ont fui au début du livre, mais on devine sans peine qu ce volume appartient à une série et que ces personnages ont déjà un passé.

Ils prennent peu à peu leurs repères dans leur nouvelle existence. Ysabellis se lie avec un mendiant et un enfant abandonné. Un jour, Durand emmène son ouvrier aux étuves, mais une servante maladroite renverse de l’eau sur ses vêtements, aussi demande-t’il à Barthélémy d’aller lui en chercher des secs à la maison. Le temps de revenir, il apprend que deux jeunes nobles ont été tués, ce sont en fait ses poursuivants et tout l’accuse d’être le meurtrier.

Présenté ainsi, ce livre semble un pur polar historique, mais ce n’est pas le cas en réalité et c’est avec beaucoup de réticence que je le classe dans cette catégorie, surtout par rapport à la collection à laquelle il appartient. Dans son village, Barthélémy était sergent et il est possible que les autres volumes de ses aventures aient une orientation plus policière. C’est surtout Ysabellis qui mène l’enquête assez discrètement auprès du mendiant et de quelques autres pour innocenter son mari. Pour moi il s’agit surtout d’un roman historique très très documenté, écrit par une spécialiste de l’histoire médiévale. L’enquête apparaît plus comme un prétexte à ce roman que son centre ou son pivot.

Donc si ce n’est pas de l’enquête sur ce meurtre, de quoi parle ce livre ? Et bien de la vie au Puy (qui s’appelait autrefois Mont Anis) en 1363, et il le fait avec brio. La ville a été ravagée par deux épidémies de peste et depuis quelques temps, la guerre de Cent ans commencée en 1337 s’étend jusqu’à l’Auvergne. Laetitia Bourgeois nous parle en spécialiste chevronnée de la vie quotidienne à cette époque et nous assistons à un assaut des routiers anglais.

Le style est très agréable, il y a un lexique à la fin pour les termes spécifiques et on apprend vraiment beaucoup de choses sur cette période. Ce livre est tout à fait passionnant, mais j’ai plus envie de la ranger dans la catégorie « nouvelle Histoire » façon Georges Duby que dans les thrillers historiques. J’ai particulièrement aimé le personnage d’Ysabellis, même s’il est plus convaincant en guérisseuse qu’en détective.

Les assiégés du Mont Anis

11 août 2013 at 7 h 18 min Laisser un commentaire

Chronique d’hiver, de Paul Auster

Chronique réalisée pour Les Chronique de l’Imaginaire.

Paul Auster se défend de vouloir écrire son autobiographie, mais c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce livre. Mais venant de cet auteur, on peut s’attendre à un point de vue original et l’on est pas déçu : Il s’adresse à lui-même en se tutoyant, ce qui permet bien vite au lecteur de se sentir impliqué par ce Tu qui s’adresse autant à lui-même qu’à nous lecteurs. Autre originalité, il entreprend de nous raconter l’histoire de son corps. Il visite son existence à travers son corps et en dresse les souvenirs. Il nous parle de ses désirs, de ses douleurs, de ses accidents ou maladies, de ses amours et de sa judéité (circoncision). J’ai trouvé ce point de vue et cette manière de revisiter son existence très originale et inattendue. Il veut dresser un catalogue de données sensorielles.

Au fil d’un texte rédigé sans chapitre, avec des paragraphes plus ou moins longs, il nous parle des lieux où il a habité, des femmes qu’il a aimées, de ses enfants et de ses origines juives. Il parle aussi de sa mère récemment disparue, de façon très touchante. Ce livre raconte les choses concrètes de son existence, il n’aborde pas son rapport à l’écriture ou son aventure spirituelle et intellectuelle, qui feront l’objet d’un deuxième livre. Il nous fait partager son questionnement face à la vie, la vieillesse et la mort sans faux-semblants, dans un regard lucide sur lui-même. Dans ce Tu on  peut voir aussi un miroir qu’il nous tend et nous pousse à nous poser les mêmes questions. Comment envisageons-nous la vieillesse, le déclin du corps et la mort?

Ce livre permet de mieux connaître l’homme et son oeuvre, c’est un incontournable pour tous les fans de l’écrivain new-yorkais à l’univers si particulier. J’ai été particulièrement touchée par sa réflexion sur son identité juive, celle d’un enfant juif américain né juste après la guerre. Il sent le poids de la Shoah sur ses épaules, surtout lors de ses voyages en Europe et de sa visite des des camps où il a l’impression d’entendre les morts crier dans son dos. Toute sa vie est marquée par l’angoisse.

La mort est un des thèmes récurrents de ce livre, qu’il s’agisse de celle de ses parents, d’un camarade d’école décédé à quatorze ans, mais surtout de la sienne. Il y réfléchit intensément.

Un très beau livre, à l’écriture musicale, les phrases ont un rythme et ce long texte, seulement séparé en paragraphe se lit d’une traite. Je connaissais déjà les romans de Paul Auster, en particulier sa célèbre Trilogie new-yorkaise, mais c’est avec un immense plaisir que j’ai dévoré cette autobiographie particulière du plus français des écrivains américains.

Chronique d'hiver

7 août 2013 at 6 h 41 min Laisser un commentaire

Au lieu d’exécution, de Val McDermid

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire.

Le roman commence en 1963. George Bennett, jeune inspecteur chef de police de Buxton reçoit l’appel de son subordonné, Tommy Clough : Une jeune fille de treize ans est portée disparue à Scardale, un hameau isolé. Deux jeunes ont déjà disparu dans la région quelques semaines auparavant. Ils se sont volatilisés et plus personne ne les a jamais revus. George est partagé entre le plaisir d’avoir enfin une affaire importante à traiter et la compassion pour la famille de la victime.

Scardale est un hameau perdu en pleine campagne dans lequel on semble vivre comme au Moyen Age, le châtelain possède les douze fermes du village, en plus de son manoir et de toute la vallée. On ne recense que trois noms de famille et tous sont cousins. La jeune fille disparue, Alison Carter, est sortie promener son chien après l’école mais n’est pas rentrée. Sa mère Ruth est remariée depuis quelques mois avec Philipp Hawkin, le châtelain. Elle est est paniquée, on est au mois de décembre et Alison n’a pas beaucoup de chance de survivre à une nuit dehors. Hawkin, le beau-père de la disparue ne semble pas se sentir concerné et affirme qu’elle va rentrer sous peu. Les villageois sont hostiles à la police, mais ils participent aux recherches. On retrouve le chien attaché à un arbre et le lendemain des traces de lutte dans les bois.

Les jours et les semaines passent, Alison est introuvable. Georges et Tommy sont totalement obsédés par cette affaire et ils y consacrent tout leur temps libre. Ils n’espèrent plus trouver la jaune fille en vie. Anne la femme de George est enceinte et l’inspecteur prend conscience que son futur enfant pourrait aussi un jour se volatiliser. Pour George et Tommy, c’est la bataille de leur vie, les villageois s’ouvrent peu à peu et justice sera rendue.

Le roman pourrait se terminer ainsi, mais l’épilogue a lieu en 1998 et nous réserve un dénouement des plus machiavélique.

Nous suivons l’enquête de George dans ses moindres détails et elle se lit comme un journal d’époque, nous sommes complètement plongés dans la campagne anglaise de 1963. Même si cette partie est pleine de suspense, elle aurait gagné à être plus concentrée pour ne pas occuper les trois quarts du livre. Certaines descriptions sont un peu longues et n’apportent pas grand chose. Dans cette première partie, la psychologie des personnages mériterait par contre d’être plus développée, ils manquent d’épaisseur. La deuxième partie du livre, avec son dénouement inattendu est, elle,  parfaite.

Malgré quelques petits défauts, voilà un excellent polar à emmener en vacances. Il nous propose en outre une réflexion sur la justice, la culpabilité et ce qu’on en fait.

Au lieu d'exécution

4 août 2013 at 7 h 15 min Laisser un commentaire

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