Les lacustres

15 avril 2010 at 19 h 19 min 1 commentaire

Les Lacustres

Comme je vous l’ai annoncé sur Monde de Bulles, en lien avec mon savon lacustre, je vous présente plus en détail le thème des Lacustres, très cher au cœur des Suisses.

J’aime beaucoup ma région, mon lac et j’ai toujours été impressionnée de penser que les habitants s’y succèdent depuis des millénaires. J’ai lu autrefois la trilogie de Max Gallo sur l’histoire de la ville de Nice intitulée La baie des Anges, qui retrace l’histoire de la ville de la préhistoire à 1945. J’aimerais avoir son talent pour raconter ma région depuis l’époque lacustre jusqu’à aujourd’hui. Comme ce n’est pas le cas, je me contente de mon savon lacustre, dont j’avoue être plutôt satisfaite et de cet article.

Je suis partie de ma perception subjective du peuple lacustre, ancêtre des Suisses d’aujourd’hui lorsque j’ai décidé de faire ce savon dans la série des savons du terroirs. Je ne m’étais jamais documenté de façon sérieuse sur le sujet avant, mais j’avais des croyances puisque les Lacustres, comme je l’ai dit dans l’autre article accompagnent les Suisses, je suis allée visiter les villages reconstitués, j’ai été plonger sur certains sites comme beaucoup de gens car il y en a plein sur le pourtour du lac et tous ne sont pas préservés. Pour résumer les croyances populaires sur les lacustres, ce sont nos ancêtres, un peuple pacifique et travailleur qui vivait sur des plateformes au-dessus du lac en pratiquant la pêche et l’agriculture. Ce peuple vivait en autarcie et ne se battait pas contre ses voisins car il était imprégné d’un idéal de paix.

Pour savoir quoi mettre dans mon savon, j’ai lu plusieurs livres sur les lacustres, notamment ceux de Marc Antoine Kaeser : Les Lacustres, archéologie et mythe national ainsi que : les Lacustres, vision d’une civilisation engloutie. Et celui de Matthieu Honnegger : , Site de, la Tène bilan des connaissances et état de la question.

Comme vous vous en doutez, ces ouvrages scientifiques ont sérieusement remis en cause mes croyances sur le sujet.

Les premiers sites lacustres ont été découverts sur les rives du lac de Zurich en 1854. L’engouement pour ce peuple sorti de la nuit des temps a été immédiat. On fait des recherches dans tout le pays pour trouver d’autres sites semblables et on en a découvert quantité sur tous les bords des lacs et des marécages en Suisse, mais aussi dans tout l’arc alpin, en Italie, Autriche, Allemagne et France. A ce moment-là, la Suisse sortait d’une guerre civile, la Confédération était un jeune Etat fragile et menacé de toutes parts, à l’intérieur comme à l’extérieur. Il manquait surtout d’unité. Nous n’avions pas d’ancêtres glorieux auxquels nous identifier, comme les Français aux Gaulois ou les Allemands aux Germains. Il y a bien eu les Helvètes, mais ce peuple a été défait par César, pas vraiment des exemples à suivre.

Et là arrivent les lacustres, sortis de la nuit des temps. On a trouvé des quantités impressionnantes d’outils, de céramiques, de bijoux et autres objets de la vie quotidienne très bien conservés par la boue. Le sujet devient à la mode d’abord chez les intellectuels, puis chez les bourgeois et même dans les classes les plus populaires. Les objets lacustres ont la cote, il y a des peintures lacustres, des pièces de théâtre lacustres, des romans etc.

Dans les décennies suivant leur découverte, les Lacustres deviennent les ancêtres pacifiques, travailleurs, prévoyants, solidaires et égalitaires dont les Suisses ont besoin pour former leur unité. Ainsi la Suisse a toujours existé et les aléas de l’histoire présente ne sont que des péripéties mineures sans importance pour un si vieux peuple. Les conservateurs et les progressistes trouvent du grain à moudre chez les lacustres et tout le monde est heureux de s’identifier à ces prestigieux ancêtres.

Kaeser, archéologue de renon et directeur du Laténium, étudie les variations du mythe au cours de l’histoire de

la Suisse des 150 dernières années. L’image que l’on se fait de ce peuple correspond aux besoins politiques et idéologiques – au sens large – de la Suisse. Ainsi en 1860, les lacustres sont pacifiques et travailleur, après 1870 et en particulier durant les deux guerres mondiales, ils sont des guerriers intrépides qui se sacrifient pour leur pays, plus tard, ils sont devenus des hippies qui vivaient en autarcie en élevant leur bétail et maintenant ils sont les ancêtres des écologistes qui vivaient en harmonie avec la nature sans en abuser.

Les civilisations englouties fascinent, c’est ce qu’on retrouve dans le mythe de l’Atlantide ou de la ville d’Ys. C’est ce qui explique que les Lacustres ont connu un tel succès et qu’on organise encore des fêtes lacustres de nos jours. Comme je vous l’ai dit, il se trouve encore de nombreuses personnes qui se rassemblent en tenue lacustre pour participer à un festival et personne ne se sent ridicule, on a plutôt l’impression de communier avec nos ancêtres. Il est amusant de voir aussi le lien avec les hippies.

Voilà pour l’aspect sociologique.

Parlons un peu de l’aspect scientifique. On sait maintenant que les lacustres ne sont pas spécifiques à la Suisse , mais se trouvent sur tout le pourtour alpin, d’ailleurs on ne parle plus de site lacustres mais palfitiques et d’habitat en milieu humide, que l’on retrouve à dans de nombreuses régions du globe.

La Suisse a fait une demande pour inscrire ses sites au patrimoine de l’humanité, un livre doit sortir prochainement sur le sujet, toujours par les mêmes spécialistes, donc il n’est pas près de passer de mode.

Je vous donne quelques dates sur l’occupation des rives du lac de Neuchâtel :

5200-5000 : premiers sites néolithique en CH

4500-4000 : Premiers alignements de ménhirs en CH romande

4300 : premiers villages lacustres en CH

3700 : début de la métalurgie du cuivre en CH

3200-2400 : accroissement démographique important, le réseau de villages se resserre et fortifications des sites avec des palissades de pieux

2400 Première grande phase d’abandon des rivages lacustres jusqu’en 1800

2200 : début de l’age du bronze en CH. Le commerce sur de grandes distances se développe beaucoup.

1800- 1500 : deuxième phase d’occupation des rives

1075 : Début de la troisième phase d’occupation des rives. Forte pression démographique, villages de plusieurs centaines d’habitants

850-750 Dégradation climatique hausse importante des crues

800 : abandon des derniers villages lacustres et début de l’âge de fer

450-15 : période de la Tène

Voici un résumé succinct de cette longue histoire lacustre.

Je n’habite pas bien loin du site de la Tène , qui a donné son nom au deuxième âge du fer européen, je suis souvent allée m’y baigner. Je voulais d’abord aller chercher de l’eau et des galets sur ce site, ou du moins à côté, car le site moderne est plus en avant sur le lac que le site antique, en effet le niveau du lac a changé et certains terrains ont été remblayés pour gagner sur le lac, comme par exemple les Jeunes-Rives qui n’existent que depuis 25 ans environ.

Je me suis renseignée sur le site de la Tène et j’ai appris avec surprise et une certaine horreur qu’il s’agissait d’un site sacrificiel, en particulier de sacrifices humains. Comme quoi nous avons une mémoire bien sélective, il faut vraiment s’intéresser de près à nos ancêtres pour apprendre qu’ils pratiquaient les sacrifices humains, comme les autres Celtes de l’époque. Certes il ne s’agissait pas de sacrifice en masse comme le faisaient les Mayas, mais on a retrouvé nombre de restes humains sacrifiés sur le site de la Tène.Mais cet aspect est réservé aux spécialistes ou aux curieux, on ne met pas en avant cet aspect peu glorieux dans le mythe lacustre si populaire sur les rives de nos lacs.

Je suis aussi étonnée comme les lieux n’ont pas de mémoire. La Tène est aujourd’hui un lieu de loisirs, avec un camping, une jolie plage de sable (la seule de la rive nord du lac), un tennis, un restaurant etc. C’est un lieu très prisé des mères de famille, car l’eau est peu profonde sur une très grande surface, idéale pour les enfants. Et pourtant il y a environ 2500 ans on y sacrifiait des êtres humains. Je pense que plus personne ne le sait, sinon on n’y enverrait pas les enfants y jouer. Certains lieux de culte sont restés connus, comme les nombreux ménihrs de la région, mais là plus aucune trace de ces actes peu glorieux.

Donc vous comprendrez que j’aie préféré récolté l’eau et les galets du savon sur une rive construite artificiellement il y a un quart de siècle, plutôt que sur le lieu originel sur lequel on sacrifiait des êtres humains.

J’espère ne pas vous avoir trop ennuyées avec ma passion des lacustres

Posté par Pat0212 à 23:33 – LecturesCommentaires [6]Rétroliens [0] – Permalien [#]

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Savon des chakkras cachés Bonjour tout le monde !

Un commentaire Add your own

  • 1. Aymeline  |  17 octobre 2011 à 23 h 36 min

    Ton article est très intéressant, j’ignorais que les Suisses étaient autant attachés aux palaffites, de même je ne savais pas du tout que la Tène était aujourd’hui un endroit de loisirs (c’est le problème quand on est archéologue on connaît finalement très peu le présent).

    Répondre

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