Furor, de Fabien Clavel

10 octobre 2012 at 1 h 00 min Laisser un commentaire

Vous retrouverez cette chronique et bien d’autres ici.

Voici un livre dont il faudrait lire la post face avant le texte. En effet, elle nous donne des clés de compréhension qui ouvre une perspective différente. Malheureusement je ne me suis aperçue de cela qu’à la fin du livre.

Fabien Clavel nous entraîne dans la Germanie que l’armée romaine tente de conquérir au début de notre ère.  César a commencé la conquête mais n’a jamais pu dépasser la vallée du Rhin. Auguste décide de continuer son oeuvre et envoie le général Varus avec trois légions pour créer une grande province germaine. Rome craint beaucoup les Germains et espère les « romaniser » pour mieux  neutraliser cet ennemi imprévisible.

Le roman se passe en 9 de notre ère et est divisé en deux parties. Longinus, un soldat préposé à la chasse poursuit un lièvre  dans une forêt épaisse. C’est l’automne, il pleut, il fait froid et l’ambiance est franchement à la déprime. Le lièvre est aveugle et le soldat finit par l’attraper. En le poursuivant, il découvre un village qui abrite des personnes à l’aspect hideux et monstrueux mais totalement désarmées et pacifiques. Longinus croit avoir découvert un peuple qui vit encore à l’Age d’or et qui aurait trouvé refuge dans cette forêt. Il hésite à faire part de sa découverte à Fabricius son chef, sachant que ce dernier massacrera sans pitié les habitants du village. Mais l’officier est un homme violent qui malmène ses soldats et Longinus n’ose pas lui mentir.

Comme il s’y attendait, la troupe de Fabricius massacre les villageois et trouve une pyramide noire à côté du village. Les officiers ne comprennent pas ce qu’une pyramide peut bien faire au fond d’une forêt de Germanie, mais ne cherchent pas à savoir de quoi il retourne.

Nous faisons aussi connaissance de Flavia, une jeune Germaine enlevée alors qu’elle était enfant et réduite en esclavage sexuelle pour les soldats. Elle essaie de se souvenir de son enfance et de son pays qu’elle traverse sans l’avoir choisi.

Arminius, un Germain chef des troupes auxiliaires que Varus croit avoir soumis se retourne contre les Romains et leur tend une embuscade. Il massacre les civils et les soldats sans pitié. Nous assistons à la terrible bataille de Teutobourg où les Romains sont anéantis.

La première partie nous permet de connaître les principaux personnages du roman. Elle est surtout consacrée aux récits de batailles et de massacres. Les personnages sont historiques pour la plupart et l’histoire sans doute assez proche de ce qu’a dû être la réalité de cette bataille. Clavel enseigne le latin et connaît son sujet.

La deuxième partie devient plus fantastique, Longinus, Flavia, le centurion Marcus et Caius Pontius, un officier supérieur ont réussi à échapper aux massacres, mais la route d’Aliso est coupée, ils décident donc d’aller se réfugier dans la fameuse pyramide noire.

J’attendais beaucoup de ce roman et j’ai été un peu déçue. La quatrième de couverture, ainsi que la présentation de l’éditeur laissait espérer un roman fantasy, mais ce n’est pas le cas. Il y a très peu de fantastique, aucune magie et tous  les monstres sont des humains. Il s’agit plutôt d’un roman historique, même s’il y a une uchronie dans l’exploration de la pyramide. Les éléments réalistes sont très convaincants, on sent qu’on a affaire à un auteur qui connaît son sujet, mais les quelques éléments fantastiques et uchroniques ne  sont pas convaincants du tout.

Mais ce qui m’a le plus dérangée, c’est le choix de langage fait par l’auteur. Il emploie un mélange de français, de latin et surtout de latin francisé qui m’a franchement déplu. Par exemple Varus est qualifié d’impérateur pour Imperator, j’aurais préféré qu’il utilise la traduction de ce terme, qui est général en chef.  Imperator est devenu empereur dans notre langue, les mécanismes d’évolution du bas latin dans les différentes langues romanes sont bien connus et ce latin francisé m’a beaucoup déplu. Tout comme le fait d’employer la forme latine des noms de lieu, on nous parle de Roma, des forêts de Germania ou de l’armée du Rhénus. Clavel a aussi écrit quelques phrases qui ne veulent absolument rien dire pour inventer un argot militaire romain (et semi-francisé) ce qui donne un dialogue totalement incompréhensible entre deux soldats. Son roman aurait gagné en puissance d’être écrit complètement en français et de préférence en bon français.
La moitié du livre est consacrée aux faits et gestes des personnages et l’autre moitié à leurs pensées. Comme les humains dans la réalité, les personnages de Clavel ne cessent de penser. Ce qui est gênant et même très gênant, c’est que l’auteur écrit leurs pensées en italique sans aucune ponctuation. Il peut y avoir des paragraphes entiers en italique et sans ponctuation, ce qui ralentit la lecture. Parfois on ne sait comment séparer deux phrases, ce qui fait varier le sens des pensées en question, sans compter que c’est lassant d’avoir des paragraphes entiers de ce style.

La deuxième partie du livre qui tourne autour de la pyramide n’est pas convaincante du tout, on ne sait pas si on a franchi une sorte de porte temporelle qui débouche sur notre époque ou si les anciens Germains connaissaient déjà la physique nucléaire, ce qui est quand même assez peu probable. Durant cette exploration, Caius Pontius pense beaucoup et cite de nombreux poèmes, mais comme c’est seulement à la dernière page que j’ai compris qui il est en réalité, je regrette de ne pas avoir été plus attentive à ses pensées. L’idéal serait de relire le récit de la pyramide à la lumière de cette connaissance, mais le roman ne m’a pas assez passionnée pour que je le fasse.

Dans l’ensemble c’est un roman plutôt décevant, car présenté comme de la fantasy. Il y a aussi trop de scène de batailles sanglantes  et jusqu’au bout j’ai espéré en vain y trouver une dimension moins terre à terre. Toutefois la chute est inattendue et vraiment excellente.

 

 

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