Contes et libelles, de Wang Meng

30 janvier 2013 at 21 h 05 min Laisser un commentaire

Vous trouverez cette chronique, ainsi que beaucoup d’autres ici.

Voici un petit livre dont il est difficile de parler. Il s’agit d’un recueil de 9 nouvelles dont le thème commun est le langage et la parole. L’auteur joue sur les richesses de la langue chinoise et la traductrice a su rendre cela en français. Le centre de chaque nouvelle est le langage ou la parole et le sens est très très secondaire. Ces récits sont placés sous le signe de l’absurde, de manière plus ou moins marquée. Si on désire un bref résumé de ce recueil, je dirais que c’est une longue dissertation sur le langage, la langue et les phénomènes qui s’y rapportent. J’ai eu personnellement beaucoup de peine à accrocher et j’avoue que si ce livre n’avait pas été un service de presse, je ne l’aurais jamais terminé. Mais c’est mon avis personnel et les amateurs de nouveau roman et les fans de Ionesco vont adorer ces étranges nouvelles.

L’absurde des nouvelles est aussi une critique plus ou moins voilée de la politique chinoise. Wang Meng a connu tour à tour le succès, la disgrâce (en particulier sous le révolution culturelle) et la réhabilitation.  Il est écrivain et a été ministre de la culture, sa carrière politique s’est arrêtée en 1989 après le massacre de Tiananmen à la suite duquel il a renoncé à sa carrière ministérielle. Certaines nouvelles sont absurdes dans la forme et dans le sens ce qui les rend vraiment pénibles à lire et d’autres ne le sont que par leur sens ou leur absence de sens, ce qui est moins désagréable. La poétique de ces textes m’est restée tout à fait étrangère, sauf pour deux d’entre elles.

Ma-le Sixième: Un homme tombe malade car malgré toutes les flatteries témoignées aux puissants du moment, il n’a pas pu obtenir de poste de fonctionnaire. Pour le sauver, sa femme joue sur les mots, il se prend au jeu mais finit par comprendre que ce ne sont que des mots, on ne sait si cette découverte le sauve ou l’achève.

Dialectique:  L’empereur d’un pays qui cultive l’éloquence comme valeur suprême tombe malade. On organise un concours d’art oratoire pour le guérir. L’histoire n’a pas vraiment de fin non plus.

Paroles, parlottes, parleries: Un homme bavarde sans fin et assomme son épouse de ses discours creux où il dit sans cesse tout et son contraire .

Poétique: Un homme est célèbre pour son éloquence, c’est un cadre respecté du Parti, champion du discours. A l’âge de 59 ans, il devient bègue, puis carrément aphasique, mais il continue à être un cadre connu qui voyage pour le Parti. Il finit par comprendre qu’il a perdu la parole depuis qu’il a jeté son vieil oreiller en balle de sarrasin et l’a remplacé par un oreiller moderne. Il profite de ses voyages officiels et silencieux pour retrouver un vieil oreiller traditionnel.

Nec Plus Ultra: Sommet du non sens. L’auteur joue sur les sonorités de la langue chinoise, sur les mots qui se ressemblent et les pronoms des trois genres (masculin, féminin et neutre) pour produire un long texte de quinze pages qui n’est qu’une suite de mots et de morceaux de phrases qui n’ont aucun sens. Il n’y a pas de semblant d’histoire. J’ai trouvé ce texte totalement illisible et insupportable. Il faut toutefois remarquer la virtuosité de la traductrice sur cette nouvelle.

Celle qui dansait: l’une des deux nouvelles que j’ai aimées. Une vieille dame rend visite à un vieux cadre du Parti qui l’a invitée. Ils parlent à bâtons rompus de la pluie, du beau temps et de leur passé glorieux de jeunes révolutionnaires. Un texte touchant où on sent poindre l’angoisse des Chinois toujours inquiets de ce que dit et pense le Parti.

J’ai tant rêvé de toi: Un homme parle de son amoureuse dont on ne sait si elle est réelle ou ne vit que dans son imagination. Là encore un texte magnifique et très poétique, très onirique aussi.

Vieille cour du dedans si profonde: Un compositeur qui a connu vingt ans de disgrâce politique est à nouveau reconnu grâce au directeur du conservatoire. Pas mal de discours creux dans cette nouvelle dont on sent qu’elle est une critique voilée du régime.

Dur, dure le brouet: Une famille est organisée autour des grands parents, le menu est toujours semblable et on en débat sans fin. C’est évidemment une parabole du régime politique. L’organisation de la cuisine et sa réforme donne lieu a de grands discours., mais les changements n’aboutissent pas, aussi beaucoup de discours creux.  La nouvelle la plus longue avec plus de cinquante pages.

Contes et libelles

Publicités

Entry filed under: Lectures.

Diptyque marseillais, de Franz-Olivier Giesbert Contes désenchantés, de David Bry

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Hellocoton

Suivez-moi sur Hellocoton
Retrouvez Pat0212 sur Hellocoton

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 24 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :