Le sang et la poussière, de Malla Nunn

1 avril 2013 at 22 h 03 min Laisser un commentaire

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce roman est le deuxième volet des enquêtes de l’inspecteur Cooper, il n’est pas indispensable d’avoir lu le premier (Justice dans un paysage de rêve) pour comprendre l’histoire, mais comme les personnages principaux sont récurrents et que cette enquête découle directement de la précédente, il vaut la peine de commencer par le début de la série, car les personnages ont évolué et gagné en épaisseur.

Suite à sa première enquête dans laquelle il a défié la Security Branch (Police politique et service secret tout puissant en Afrique du Sud), Cooper a dû démissionner de la police. De plus, cette officine détient un dossier  secret sur sa famille qui l’a fait reclasser au niveau racial, de blanc il est devenu métis. Sa vie s’en trouve compliquée d’autant dans ce pays qui met en place des lois de ségrégation très stricte. Il connaissait cette situation de l’extérieur, mais maintenant il la vit de l’intérieur et en souffre beaucoup. Il travaille sur un chantier naval au recyclage des bateaux et continue de travailler en privé pour son ancien chef, le commandant Van Niekerk qui veut démanteler un réseau de policiers corrompus. Il surveille les docks de Durban durant la nuit. Un soir il découvre le corps d’un enfant blanc de dix ans, Jolly Marks, qui faisait les courses pour les travailleurs du port afin de gagner quelques sous. Une petite voix dans sa tête lui dit de ne surtout pas s’en mêler, mais son instinct de flic est le plus fort. Cooper ramasse le petit carnet dans lequel Jolly notait ses commandes, mais laisse sur place son petit canif. Il trouve à proximité du corps deux jeunes Indiens qu’il veut interroger. Le soir suivant il reprend son enquête clandestine après son travail, mais lorsqu’il rentre à sa pension, il trouve la bonne de la patronne morte égorgée dans le jardin, il s’empare de son couteau à désherber et entre dans l’appartement de la patronne dont la porte est fracassée. Il y a deux policiers qui l’arrêtent immédiatement.

Cooper est le suspect idéal, s’étant trouvé sur les lieux de trois meurtres et ayant été arrêté un couteau à la main, même s’il est évident qu’il n’aurait pas pu tuer qui que ce soit avec un outil de jardin. Toutefois dans l’Afrique du Sud de 1953, ce genre d’évidence n’est pas en faveur d’un métis quand deux blancs ont été tués. Les policiers le tabassent et lui promettent la potence. Toutefois sa garde a vu est interrompue par Van Niekerk et un individu mystérieux nommé l’Artisan qui lui offrent un répit: Il a quarante huit heures pour trouver l’assassin du petit Jolly Marks et échapper à la peine de mort. Van Niekerk l’emmène chez lui, le cache et lui redonne sa carte d’identification raciale blanche et sa carte d’inspecteur chef qu’il avait perdues suite à sa précédente enquête. Il se lance à corps perdu dans la traque de l’assassin de l’enfant.

Cooper s’embarque dans une enquête qui mêle politique raciale, trafics divers, corruption, espionnage et services secrets avec l’aide de ses amis, l’agent Shabalala et le docteur Zweigmann. C’est un roman très noir qui met en lumière les injustices criantes qui sont le quotidien des Africains du Sud non blancs.  Nous découvrons aussi la face cachée de ce pays avec ses gangsters plus ou moins folkloriques, une corruption endémique, beaucoup de violence, mais aussi des personnages touchants comme cette vieille missionnaire suédoise qui secourt les pauvres, un couple qui vit dans la clandestinité car une femme blanche a épousé un Mauricien à la peau foncée. Ce n’est pas un polar optimiste, il n’y a pas de happy end à l’américaine. Les méchants ne sont pas punis et les bons devront transiger sur leur éthique pour s’en sortir, mais dans ce pays, il faut juste échapper au pire. Les personnages principaux sont complexes et très bien construits, très humains et attachants. Ce ne sont pas des super héros, mais des hommes ordinaires confrontés à des situations terribles dans un pays où le mot « Justice » ne veut pas dire grand chose.

L’action s’enchaîne sans temps mort et jusqu’à la dernière page, on tremble pour l’inspecteur Cooper et ses amis. Un magnifique polar et un énorme coup de coeur.

Le sang et la poussière

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Hanna était seule à la maison, de Carin Gerhardsen La guerre des vanités, de Marin Ledun

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