La guerre des vanités, de Marin Ledun

8 avril 2013 at 22 h 40 min Laisser un commentaire

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Il s’agit d’un polar très déroutant qui m’a vraiment laissée sur ma faim.

Dans la ville de Tournon (Ardèche), cinq adolescents et enfants se sont suicidés le même jour. Le commissaire décide de faire venir le lieutenant Korvine de Valence, la ville voisine. Il a grandi à Tournon mais il a déménagé vingt ans auparavant, donc il aura un regard neuf sur cette affaire sensible. On lui adjoint le jeune lieutenant Revel, un policier de la ville comme équipier. Les deux hommes partent rencontrer les familles des victimes, qui sont toutes effondrées. Les enfants semblent tous n’avoir aucun problème et aucun point commun. L’enquête s’annonce difficile. Les suicides continuent le lendemain et les policiers trouvent une piste: Les enfants fréquentent tous la maison des jeunes le vendredi soir. Les enquêteurs découvrent des vidéos des enfants chez un des animateurs, mais il ne s’agit pas de films pornographiques ou pédophiles, les enfants semblent heureux et sans contrainte sur des images plutôt banales, hormis qu’ils sont parfois nus.

L’animateur est en fuite, les suicides continuent et un vieil homme autrefois soupçonné de pédophilie se fait lyncher par les pères de quelques victimes.  Les policiers cherchent désespérément une piste et celui ou ceux qui se cachent derrière cette épidémie de suicides dont certains ont été filmés. Un notable semble mêlé à l’affaire, tout est en place pour un polar très réussi et pourtant ce n’est pas le cas.

La ville de Tournon est un des personnages principaux du roman, ce qui est une idée originale. Mais son côté glauque et étouffant est trop accentué, on a presque l’impression d’être dans une sorte de cité maudite derrière son apparence de petite ville banale. Il semble que les habitants ont des secrets très noirs à cacher.

Ce scénario pourrait être intéressant, mais l’auteur le dévalorise à force de clichés et d’idées convenues. Le personnage de Korvine est un flic antipathique, cynique à souhait, désabusé, qui fume et tousse sans cesse et dont on comprend à demi-mots par des flash back allusifs qu’il a quitté Tournon avec quelques casseroles. C’est un personnage vu et revu, son collègue est aussi là pour le surveiller. Par ailleurs il y a un côté 24 heures chrono très peu vraisemblable. L’enquête dure trois jours non stop durant lesquels Korvine ne s’arrête jamais, il est en mauvaise santé et totalement épuisé, l’auteur insiste beaucoup ce sur point. Par exemple il se lance dans une poursuite en voiture à travers la ville puis la campagne à cent quatre vingt kilomètres heure, peu après avoir constaté qu’il n’a pas eu le temps de dormir depuis plus de cinquante heures. Un surhomme de série américaine y arriverait sans doute, mais pas un policier de plus de quarante ans,  en mauvaise santé et qui se demande tout au long du livre s’il va regarder le résultat de ses analyses médicales car il pense avoir- ou il a, ce n’est pas clair- un cancer du poumon. Et durant cette course poursuite, il arrive à éviter les véhicules venant en face, les obstacles etc.

Ces points faibles auraient sans doute passé si l’enquête avait débouché sur quelque chose, mais toutes les pistes échouent et la conclusion fait retomber le soufflé: Circulez, y a rien à voir, il ne s’est rien passé sinon un petit problème de communication…  Donc on suit dans ses moindres détails une enquête sur des suicides d’enfants et à la fin tout s’effondre, affaire classée sans suite. Pourtant il manquerait pas grand chose à ce livre pour qu’il soit réussi, tous les ingrédients y sont, mais la mayonnaise ne prend pas.

Je trouve que c’est dommage de ne pas avoir tiré un meilleur parti du scénario de départ. Le style très haché, pour être en phase avec les pensées de Korvine m’a aussi lassée au bout d’un moment. La grande faiblesse de ce polar est sa conclusion qui met en lumière tous les autres points faibles du roman, c’est l’arbre qui cache la forêt. Et finalement on ne voit plus qu’eux.

La guerre des vanités

Publicités

Entry filed under: Lectures.

Le sang et la poussière, de Malla Nunn Voodoo Land, de Nick Stone

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Hellocoton

Suivez-moi sur Hellocoton
Retrouvez Pat0212 sur Hellocoton

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 24 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :