Bataille de chats Madrid 1936, d’Eduardo Mendoza

25 avril 2013 at 22 h 36 min Laisser un commentaire

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Contrairement à ce que je croyais en le demandant, ce livre ne parle pas chats, du moins pas de nos petits compagnons à quatre pattes! Les chats, ce sont les Madrilènes que l’on désigne par ce surnom et ce livre nous emmène précisément à Madrid au printemps 1936, juste avant le déclenchement de la guerre d’Espagne.  J’ai lu plusieurs livres et romans sur cette période,  presque tous se passaient à Barcelone et présentaient le point de vue de la gauche et des brigades internationales. Celui-ci se passe non seulement dans la capitale espagnole, mais il présente essentiellement le point de vue de la droite et de l’extrême-droite. Une autre de ses caractéristiques est l’humour.

Anthony Whitelands, un expert reconnu de Vélasquez se rend à Madrid pour expertiser la collection de tableaux du duc de la Igualada. Ils ont été mis en contact par Pedro Teacher un marchand de tableaux mi-espagnol et mi-anglais. Le duc veut envoyer sa femme et ses enfants à l’étranger car il pressent une catastrophe politique et pour cela il a besoin d’argent. Lors de cette première rencontre, le duc ne lui montre pas ses tableaux, mais lui présente sa famille. Anthony tombe rapidement sous le charme de Paquita, la fille ainée, mais celle-ci semble très amoureuse du marquis d’Estrella. Le lendemain, la scène se répète, Anthony mange avec le duc et sa famille avant de voir une modeste collection de tableaux du dix-neuvième siècle. Il explique au duc en termes choisis que ces tableaux sont invendables à l’étranger car leurs auteurs ne sont pas connus en dehors de l’Espagne.

Le duc convoque Anthony le lendemain pour lui payer  son expertise. En rentrant à son hôtel, un policier l’attend, ils se sont déjà rencontrés dans le train et le policier veut lui poser quelques questions sur la raison de son séjour dans une ville au bord de l’explosion. Il en profite pour lui parler du marquis d’Estrella et le mettre en garde contre ce sulfureux personnage, qui n’est autre que José Antonio Primo de Rivera (personnage historique), fils du dictateur espagnol renversé et chef de la Phalange, un parti qui s’inspire de Mussolini. Anthony nie l’avoir rencontré, mais les policiers qui le surveillent ne sont pas dupes. Après cet entretien, Anthony va dans une taverne  et se trouve pris entre deux feux, entre gauche et droite. Un Madrilène le sauve de la bagarre et le conduit auprès d’une adolescente prostituée.

La vie d’Anthony relève désormais de la comédie, pour ne pas dire du vaudeville. Il est manipulé comme un pion par tous les protagonistes et ne se rend compte de rien.  Le duc lui montre un Vélasquez inconnu, Les filles du duc lui font tourner la tête, la police le surveille, l’ambassade d’Angleterre s’en mêle, un agent russe veut le tuer et José Antonio le chef de la Phalange devient son ami. Anthony n’y voit que du feu et se met dans des situations tragi-comiques.

Certaines scènes sont dignes d’un vaudeville et l’humour est présent tout au long du livre. La plupart des personnages espagnols du roman se situent à droite de l’échiquier politique et leur vision du futur nous est présentée en détail. Cet aspect est le seul point ennuyeux du livre. Les discours politiques, qu’il s’agisse de ceux de José Antonio ou des généraux séditieux, dont Franco sont trop longs, trop détaillés et plutôt ennuyeux si l’on ne se passionne pas pour les idéologies politiques. Leur vision tragique font contrepoids à l’intrigue plutôt comique du livre.

Une autre note d’humour consiste dans l’analyse de la situation que font les diplomates britanniques, le duc et le président du conseil espagnol. Tous pensent que le danger vient de Moscou et que le coup d’Etat sera fomenté par la gauche, que Franco et les généraux sont des peureux qui parlent beaucoup mais sont incapables d’agir et que José Antonio ne risque rien… La réalité ne tardera pas à démentir leurs prédictions. Il y a quelques tirades sur la mollesse de Franco et son côté inoffensif qui manquent sérieusement de clairvoyance. Je ne sais pas si cet aspect est une forme d’humour ou veut montrer que les contemporains de Franco n’étaient pas très lucides sur la nature es régimes fascistes en Europe, Mussolini est aussi présenté comme un brave homme qui passe pour un épouvantail.

Un livre très agréable et intéressant car il présente un point de vue auquel on n’est pas habitué sur les débuts de la guerre d’Espagne. Et le sujet est traité avec une certaine légèreté.

Bataille de chats

 

 

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