Sacrilège, de S.J Parris

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé Giordano Bruno un an après les évènements relatés dans Le temps de la prophétie, soit en 1584. Par contre ce livre se réfère souvent aux évènements d’Oxford, qui sont racontés dans le premier opus de la série, intitulé Le prix de l’hérésie. C’est là que notre héros a rencontré la jeune Sophia.

Celle-ci arrive à Londres déguisée en garçon et cherche Bruno. Elle lui raconte ses malheurs : Elle a eu un enfant hors mariage qu’on lui a arraché avant de la marier contre son gré à Sir Edward Kingsley, un homme brutal qui la maltraite. Sir Edward est chanoine laïc de la cathédrale de Cantorbéry, il a de nombreux mystères et  a été assassiné. Comme Sophia s’est enfuie avec de l’argent, les soupçons se sont portés sur elle et elle sera condamnée au bûcher pour le meurtre de son mari si Bruno ne l’aide pas à retrouver l’assassin. Bruno est amoureux de la jeune femme et il obtient de ses protecteurs l’autorisation de se rendre à Cantorbéry.

Sir Francis Walsingham, chef de l’espionnage lui accorde l’autorisation mais le charge de la mission de surveiller son agent sur place, le chanoine Harry Robinson. Ce dernier vieillit et son patron doute de son aptitude au service.

Bruno se rend à Cantorbéry avec Sophia, toujours déguisée en garçon et persuadée que l’assassin est Nicolas, le propre fils de Kingsley, elle espère que Bruno pourra vite le prouver tandis que ce dernier rêve d’un avenir possible  avec la belle jeune femme. Toutefois, Bruno se rend vite compte que cet assassinat est loin d’être aussi simple. Sa tâche d’espion de la reine l’amène  à découvrir un audacieux complot pour renverser la reine, envahir l’Angleterre et mettre sa cousine Marie Stuart sur le trône.

Dans une ville particulièrement hostile aux étrangers venus des pays catholiques, Bruno doit mener une double enquête qui mettra sa vie en danger de nombreuses fois. L’auteur joue avec nos nerfs, le danger plane sans cesse sur le héros et l’on craint pour lui tout au long du livre. Les rebondissements se succèdent et le suspense ne baisse jamais tout au long des six cent pages de ce livre. Quant à l’identité de l’assassin de Sir Edward, elle en surprendra plus d’un.

Même si on ne sait pas si Bruno a effectivement  été espion au service de la reine d’Angleterre, pour le reste, le contexte est particulièrement bien rendu et on voit toute l’érudition de l’auteur, notamment en ce qui concerne la pensée de Bruno.

Même si cette enquête s’inscrit dans la suite de la précédente, on peut lire cette série de façon indépendante. C’est un excellent roman historique sur cette période, mais surtout un polar très réussi qui ravira tous les amateurs du genre, même si cette enquête est plus linéaire et moins riche que la précédente.

Sacrilège

31 juillet 2013 at 7 h 36 min 1 commentaire

La muraille de lave, d’Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

C’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé Indridason et son dernier roman paru en poche. Cette fois l’enquête n’est pas menée par le commissaire Erlendur Sveinsson, qui est en vacances et soigne sa déprime chronique au bord des fjords. Il est injoignable au téléphone, ce qui inquiète sa fille.

C’est un de ses coéquipiers, Sigurdur Olli qui est au centre de ce livre. Ce n’est pas du tout un policier charismatique comme son patron. C’est plutôt un technicien formé aux méthodes américaines, fasciné par la culture US et très peu sympathique. Il n’a que mépris pour les voyous et les ratés de la société et l’empathie n’est vraiment pas son fort. Toutefois son personnage évolue au cours du livre, il est tourmenté par son divorce et les problèmes de stérilité qui ont marqué leur couple et ça l’humanisera un peu, mais c’est un personnage plutôt terne et antipathique.

Un de ses anciens amis de lycée, un golden boy de la finance, lui demande de l’aide car il est victime d’un chantage : Avec sa femme il participe à des soirées échangistes et on les menace de publier des photos compromettantes sur le Net s’ils ne paient pas. Sigurdur accepte de l’aider à titre privé, il se rend chez la femme qui les fait chanter pour essayer de lui faire entendre raison mais la trouve mortellement blessée, battue à mort à coup de batte. Lui-même n’échappe que de justesse à l’agresseur.

Sigurdur se lance dans l’enquête officiellement cette fois, il s’occupe de plusieurs affaires qui se recouperont ou non, les fausses pistes se multiplient et le suspense ne manque pas dans ces investigations haletantes.

Le principal sujet du livre est la déroute financière  de l’Islande, qui sera même acculée à la faillite comme on s’en souvient. Indridason décrit un monde qui n’a plus de repères moraux, où tout est permis tant qu’on peut se l’offrir, que ce soit la drogue ou les déviances sexuelles en tous genres. C’est un roman très noir qui dénonce une société de consommation effrénée. Les personnages ne dégagent aucune joie de vivre et  semblent n’avoir aucune limite. Si l’inspecteur est dur et méprisant avec les petits délinquants qu’il arrête, il n’a aucune complaisance pour le milieu corrompu dans lequel il enquête.

Un très intéressant polar sur le milieu de la finance et un grand coup de coeur.

La muraille de lave

27 juillet 2013 at 6 h 39 min Laisser un commentaire

Destination Kailash, de Colin Thubron

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

Colin Thubron est un écrivain voyageur anglais très connu qui a remporté de très nombreux prix. Il est classé parmi les cinquante meilleurs écrivains du vingtième siècle par le Times. Dans ce livre nous suivons son périple vers Kailash, la montagne sacrée des bouddhistes et des hindous, située au Tibet. C’est la dernière montagne inviolée de la planète, aucune expédition n’ayant jamais reçu l’autorisation de la gravir.

Par contre c’est un lieu de pèlerinage très important pour les croyants de ces deux religions. Les pèlerins font le tour de la montagne, de laquelle  les quatre plus importants fleuves d’Asie sont issus, chacun à l’un des points cardinaux du Kailash.

Thubron est parti quelques semaines après la mort de sa soeur sans bien savoir ce qui l’attire là-bas. Nous suivons son voyage effectué à pied comme il se doit depuis le Népal avec un guide, un porteur et un cuisinier. Il chemine à travers les montagnes et les vallées, rencontre des habitants du coin et d’autres pèlerins. Il s’arrête dans plusieurs monastères et parle avec leurs responsables.

Il s’intéresse à l’histoire des lieux traversés et aux problématiques actuelles de la région, liées à la pauvreté principalement. Plusieurs de ses interlocuteurs aimeraient avoir accès à l’éducation pour eux-même ou surtout pour leurs enfants, mais c’est très difficile voire impossible vu les conditions politiques et matérielles. Les mariages arrangés sont encore la norme et la société locale évolue peu.

J’ai retrouvé l’ambiance des livres d’Alexandra David-Neel dans ce voyage et un peu de mon adolescence, époque où les livres de cette dame étaient très à la mode. J’ai beaucoup aimé le vocabulaire très riche de Thubron, ses descriptions très poétiques des pays traversés et son regard plein d’humanité sur les personnes rencontrées.

Par contre la spiritualité orientale et son évolution historique ne m’a pas du tout intéressée. Le sujet revient très souvent tout au long de ce récit. Il n’est pas traité de manière ennuyeuse, loin de là et je suis sûre que cet aspect passionnera toutes les personnes qui s’intéressent à ce sujet. Mon désintérêt à ce propos n’est pas dû à la qualité du livre, bien au contraire, mais à mes choix personnels qui sont très éloignés de ce type de spiritualité.

En dehors de cela, j’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir une région du monde que je ne connaissais pas beaucoup avec une grande poésie. La réflexion sur les motivations qui nous poussent à agir est aussi très intéressante. Un excellent livre à emmener en vacances.

Destination kailash

23 juillet 2013 at 6 h 41 min Laisser un commentaire

Les jours étranges de Nostradamus, de Jean-Philippe Depotte

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Philibert Sarrazin est médecin à Lyon en cette année 1559, c’est un notable protestant, à une époque où la tolérance religieuse n’est pas de mise. Il se rend à Paris pour assister à une dissection clandestine. Les autorités interdisent les dissections humaines et la médecine nouvelle, celle de Paré, n’arrive pas à percer l’obscurantisme de la médecine traditionnelle de Galien et d’Hippocrate. Philibert croit fermement dans le progrès et la science. A peine arrivé à Paris, il retrouve un de ses anciens condisciples et ils s’en vont déterrer une morte à peine ensevelie. Mais c’est un piège et des soldats emmènent Philibert chez un gentilhomme qui lui laisse le choix entre la potence et le fait d’espionner son beau-frère Michel de Nostredame, dit Nostradamus, le célèbre astrologue de la reine Catherine de Médicis. Le même jour le roi Henri II est blessé dans un tournoi comme l’a prédit Nostradamus et Philibert est envoyé à son chevet. La blessure dépasse les possibilité de la médecine de l’époque et l’état du roi est désespéré.

Philibert rentre à Lyon, mais le soldat du gentilhomme parisien l’y a précédé pour avertir sa femme. Celle-ci est sage-femme et le dernier accouchement qu’elle a pratiqué s’est mal terminé. Philibert comprend que les autorités ne vont pas tarder à l’arrêter. Les Sarrazin décident d’envoyer leurs enfants à Genève chez leur parrain, Jean Calvin et ils prennent le route de Salon pour percer les mystères de Nostradamus comme on le leur a demandé. Philibert a de l’estime pour lui, alors que sa femme Louise le déteste, elle l’accuse d’avoir assassiné sa soeur Isabelle, son épouse vingt ans auparavant. Ils se mettent en route et vivront bien des aventures sur la route et surtout dans la ville de Salon.

Ce livre est édité dans la collection Science fiction de Folio, mais il ne s’agit pas de ce genre-là. Il s’agit plutôt d’un roman historique teinté de fantastique. La fin de l’histoire est très étrange et l’on peut l’interpréter soit comme du fantastique, soit comme un roman psychologique, une espèce de rêve que ferait Nostradamus, une sorte de dédoublement de personnalité. Personnellement je pencherais plutôt pour cette version.

Tant Philibert est un personnage à la fois naïf, généreux et moderne qui se pose les bonnes questions, tant Nostradamus est un prétentieux imbuvable. Les notables de Salon sont aussi particulièrement versatiles et peu sympathiques. Les personnages féminins principaux, Louise et Diane, sont intéressants, ce sont de beaux portraits de femmes qui essaient de trouver leurs marques et d’être libres dans une société oppressante.

Outre les péripéties d’un bon roman historique, je trouve que le principal intérêt du livre est dans la confrontation des idées. Philibert oscille du protestantisme au catholicisme selon les moments et je trouve que le débat entre ces deux points de vue est très bien restitué. Si les bourgeois de Salon sont plutôt caricaturaux, Philibert a bien su saisir les enjeux du débat. Son dialogue avec Dieu est plutôt moderne et nombre de chrétiens d’aujourd’hui se posent les mêmes questions en employant d’autres mots. Le débat sur la prédestination, même si on n’emploie plus ce terme existe toujours dans certains courants protestants. Philibert saisit aussi tout à fait les enjeux de la pensée moderne, lorsque Nostradamus lui dit que le monde est ce que les hommes en font, idem dans sa réflexion sur la sorcellerie (à croire qu’il avait prédit les idées de Sartre !!). J’ai trouvé que la réflexion sur les idées et les concepts qui agite Philibert est particulièrement intéressante et montre la racine ancienne de ces questions existentielles que l’on se pose encore, même si c’est avec un tout autre langage. Un livre que j’ai eu grand plaisir à lire.

Les jours étranges de Nostradamus

19 juillet 2013 at 6 h 25 min Laisser un commentaire

Le maître des orphelins, de Jean Zimmerman

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Ce roman est présenté comme un thriller historique ce qui avait attiré mon attention, étant très friande du genre. Il s’agit du premier roman d’une historienne américaine.

Edward Drummont, un espion anglais débarque à la Nouvelle Amsterdam en 1663. Il est chargé par le roi Charles II de débusquer trois juges régicides qui avaient autrefois signé l’arrêt de mort de son père et qui se cachent à ce moment en Nouvelle Angleterre. Il doit aussi envoyé un rapport sur l’état des forces de la Nouvelle Amsterdam, car les Anglais n’ont pas l’intention d’accepter plus longtemps cette colonie hollandaise dans leur territoire américain. Edward se présente sous la couverture d’un marchand de céréales.

Blandine Van Couvering est une jeune marchande de vingt deux ans qui désire se faire une place parmi les négociants hollandais. Elle est ambitieuse, jolie, indépendante et courtisée par Kees Bayard le neveu du Gouverneur. En plus de ces qualités, Blandine s’intéresse aux autres, en particulier aux pauvres comme ses amies noires ou aux orphelins. Elle a aussi autrefois sauvé un noir de la potence et depuis il se considère comme son garde du corps. Des enfants de la communauté noire ont disparu, ce qui n’inquiète personne sauf les intéressés et Blandine, d’autres orphelins semblent portés disparus, une rumeur court qu’ils auraient été dévoré par le Vitika, un démon indien cannibale. Blandine en parle à Aert Visser, le maître des orphelins de la colonie.

Dès son arrivée, Edward remarque la jolie Blandine, Visser lui demande de prendre contact avec une famille anglaise à qui il a confié un orphelin, mais ce dernier semble avoir changé de comportement et Visser soupçonne que l’enfant a été échangé, ce que la famille nie. Le commerce de Blandine se développe, ce qui entraîne des jalousies. Son intérêt pour les enfants marginaux lui vaut de terribles rumeurs tandis qu’Edward continue ses activités d’espion. Le Vitika continue à tuer des orphelins et l’enquête progresse lentement, menée par Blandine et Edward quand ils en ont le temps. Divers rebondissements ont lieu, le plus souvent attendus et il n’y a pas de vraies surprises, ni beaucoup de suspens. On sait qui sont les assassins d’enfants aux deux tiers du livre.

J’attendais beaucoup de ce roman et j’en suis plutôt déçue. L’auteur a voulu utiliser plusieurs genres dans ce livre et ça affadit le tout. La romance entre Blandine et Edward est cousue de fil blanc et dès les premières pages, j’ai compris qu’à un moment ou un autre, la jeune fille allait changer de fiancé. Il s’agit plus d’un roman historique très documenté, voire un document romancé que d’un polar. Jean Zimmerman est spécialiste de cette période et on le voit très clairement dans la précision des descriptions de La Nouvelle Amsterdam, des moeurs et des costumes de l’époque. Elle cite ses sources à la fin et on voit que le texte est basé sur une documentation solide et intéressante. Coté thriller, ce n’est pas très réussi, le suspens n’est pas au rendez-vous et le lecteur a déjà tout compris bien avant les héros, enquêteurs à leurs heures perdues, espions, mais surtout héros de roman historique un peu sentimental. Il y a beaucoup de longueurs et de péripéties inutiles et rocambolesques. Si l’auteur n’avait pas voulu réussir un roman complet avec une enquête sur les meurtres d’enfants, de l’espionnage et un roman d’amour, le tout en restituant scrupuleusement la vie à la Nouvelle Amsterdam en 1663 et 1664, ce livre aurait été plus intéressant. Elle n’a pas maîtrisé son sujet de bout en bout et il en ressort un roman tout à fait moyen. Pas raté,non, mais loin du potentiel qu’il aurait pu avoir s’il avait été condensé sur 350 pages et si l’intrigue ne partait pas dans tous les sens. Je pense que ce projet était trop ambitieux pour un premier roman.

Si l’amateur de thrillers et de polars historiques ne peut qu’être déçu, l’amateur de romans historiques et de documents sur cette époque sera comblé. Pour ma part, c’est cet aspect documentaire précis qui m’a le plus intéressée, nous assistons à la naissance de New York. Et certains noms de rues ou de quartiers de la ville d’aujourd’hui sont expliqués par le livre.

Le maître des orphelins

15 juillet 2013 at 6 h 16 min Laisser un commentaire

Not fade away, de Jim Dodge

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Un livre étrange qui nous fait voyager dans l’Amérique des années cinquante et soixante, à l’époque où ce pays faisait encore rêver tout le monde, bien loin de l’Amérique d’aujourd’hui, de Guantanamo à l’espionnite aiguë. Pour une raison bizarre, ce pays, à cette époque m’a toujours fait rêver aussi, même si je n’ai guère de sympathie pour ce qu’il est devenu. J’ignore pourquoi ce rêve m’habite, il a sans doute été nourri par le cinéma et la littérature. J’étais enchantée de m’embarquer pour ce voyage en compagnie du Fantôme, même si je suis perplexe à l’arrivée.

Au début du roman, à une époque indéterminée, le narrateur, dont on ne saura jamais le nom, est grippé et fauché. Il se lève quand même pour se rendre dans la ville voisine et y effectuer une livraison de bois. En route. il a un accident et appelle son garage pour qu’on lui envoie la dépanneuse. Surgit alors le Fantôme, George Gastin qui le prend en charge. Il lui offre de la codéine, ce qui n’arrange évidemment pas l’état de conscience du narrateur et l’emmène dans la ville voisine à toute allure.  il ne lui demande aucun dédommagement pour son dépannage, si ce n’est de l’écouter raconter son histoire.

George est né à la fin des années trente, son père était chauffeur routier et lui a transmis sa passion. Il devient aussi routier, consomme trop d’amphétamines, à une époque où elles étaient encore en vente libre. Il perd son permis suite à ses trop nombreux excès de vitesse et finit par s’installer au nord de San Francisco en 1957. George raconte en détail la période folle de l’épopée de la Beat Generation. Il est dépanneur et vit pleinement les joies et les peines de l’époque. Il se lance aussi dans des magouilles de fraude à l’assurance avec un ami de son patron. Il doit rendre inutilisables des voitures neuves volées  pour que le « propriétaire » touche la prime d’assurance.

En 1965,  son patron lui demande de démolir une Cadillac toute neuve dont un de ses clients a hérité. Sa tante l’avait achetée pour l’offrir au Big Bopper, une star du rock disparue dans un crash en 1959 avec deux autres chanteurs. George est outré de la rapacité du neveu et décide d’aller déposer la voiture sur la tombe de l’artiste comme offrande. Commence alors un voyage de folie à travers le pays, marqué par la drogue et des rencontres improbables.

J’ai beaucoup aimé ce voyage déjanté et les personnages truculents rencontrés par George dans son périple. C’est tout une Amérique mythique qui revit dans ce livre, on s’attend à se retrouver au Bagdad Café ou à croiser Robert Kincaid et Francesca près du pont couvert, les héros bouleversants de Sur la route de Madison. Bref tout ce qu’il faut pour entretenir sa nostalgie d’un monde disparu à jamais. L’assassinat de Kennedy coupe la période en deux et plus rien n’est comme avant pour la génération de George dès lors. Par contre ce que je n’ai pas aimé dans ce livre, c’est l’emploi fréquent de l’argot et l’usage répété de la langue parlée. Quant aux longs discours sur la vie et l’ordre des choses que tient George sous l’effet de la drogue, je les ai justement trouvés trop longs et souvent inintéressants. Ce sont les deux points faibles du roman à mon sens, il y a des passages vraiment longs et lassants, mais dans l’ensemble ce livre est une belle découverte qui ravira tous les nostalgiques d’une Amérique disparue, ou peut-être qui n’a jamais existé qu’au cinéma, dans les chansons et la littérature, mais c’est celle que j’aime. Un grand moment de nostalgie, même si je ne suis pas entièrement enchantée.

Not fade away

11 juillet 2013 at 7 h 35 min Laisser un commentaire

La femme en vert, de Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Ce polar a remporté de nombreux prix et il est considéré comme le meilleur livre d‘Indridason, je n’en ai jamais entendu que du bien. J’étais donc très impatiente de le découvrir et mon attente n’a pas été déçue. J’apprécie beaucoup les polars nordiques, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de visiter l’Islande par ce biais, la majorité des auteurs étant suédois, norvégien ou danois.

Le livre s’ouvre sur une page joyeuse avec une fillette qui fête son huitième anniversaire, sa petite soeur, encore bébé, mâchouille tranquillement un nouveau jouet. Jusqu’à ce que ses parents s’aperçoivent qu’il s’agit d’un os humain. L’enquête est confiée au commissaire Erlendur et à ses deux adjoints. Il se rend compte rapidement qu’il s’agit d’un squelette ancien et une équipe d’archéologues est appelée sur les lieux pour dégager le corps sans risquer de bouleverser les indices, s’il en reste. Il s’agit d’un quartier nouveau et Erlendur enquête, il remonte le temps peu à peu. Ses investigations le mènent à la fin de la deuxième guerre mondiale, sur les traces d’une femme battue sauvagement par son mari.

Comme tous les policiers scandinaves de fiction (je ne me prononcerai pas sur la réalité que je ne connais pas ! ), Erlendur a une vie de famille ratée, il est divorcé, il ne voit presque jamais son fils et sa fille se drogue. Elle l’appelle un soir et il pressent qu’elle est en danger. Elle est enceinte et il la retrouve dans la coma. Les médecins lui disent qu’elle a très peu de chances de s’en sortir. Tout au long du livre nous naviguons entre diverses époques, celle de l’après-guerre où l’on découvre peu à peu l’histoire de la femme en vert et notre époque. Erlendur va voir sa fille à l’hôpital tous les jours pour lui parler. Nous le suivons à travers cette épreuve et son enquête qui met au jour de noirs secrets que beaucoup auraient aimé oublier.

Ce livre nous plonge dans le quotidien d’une famille marquée par la violence, avec quelques scènes insoutenables de violence physique exercée sur la femme ou psychologique sur les enfants. Les personnages sont vrais et attachants, avec une psychologie très travaillée. Il y a toute une réflexion sur la mémoire et sur le rapport à l’enfance, comment se construire quand on a grandi dans la violence.

Un très beau livre à découvrir absolument.

La femme en vert

 

7 juillet 2013 at 6 h 36 min 2 commentaires

Les mystères de Djeddah, de Zoë Ferraris

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

L’histoire commence lentement. Myriam retourne à Djeddah après un mois passé aux USA. Elle va retrouver son mari Eric qui travaille dans une société de sécurité privée. Son voisin de siège est un certain Apollo Mabus qui l’aborde de façon assez peu polie. Il lui dit que comme tous les hommes américains,Ericl finira par tomber amoureux de l’Arabie Saoudite et ne voudra plus rentrer, ce qui est bien la plus grande crainte de Myriam. Lorsqu’elle débarque, son mari a oublié de venir la chercher, ce qui lui vaut de l’attendre plusieurs heures dans le local des femmes non réclamées. Eric arrive enfin, la ramène à la maison, repart acheter à manger et ne revient plus.

Un vieux pêcheur trouve le corps affreusement torturé d’une jeune fille sur la plage. L’enquête est confiée à l’inspecteur Osama et à sa collègue Zaïra. Le médecin légiste et son assistante sont des femmes, car il serait inconvenant qu’un homme s’occupe de l’autopsie d’une femme. Zaïra a menti en affirmant être mariée, mais elle a été dénoncée à ses supérieurs par son cousin, ce qui lui vaut d’être licenciée. Osama propose à Katya, l’assistante du médecin légiste de la remplacer. Katya aime beaucoup son travail et elle aussi a menti sur son état civil. Elle a eu une relation professionnelle avec Nayir, un jeune guide palestinien sur une précédente enquête (La disparue du désert), mais depuis plusieurs mois il ne l’a plus contactée. Il en est amoureux, mais étant très pieux il ne peut avoir de contact avec une femme qui ne lui est pas apparentée. Nayir a besoin d’un renseignement pour son oncle et reprend contact avec Katya, il participera ainsi à l’enquête sur le meurtre de la jeune fille.

Myriam recherche son mari, mais elle est enfermée chez elle et complètement impuissante. Au fil de l’enquête, Leila, la jeune morte apparaît comme une femme qui transgressait toutes les règles de conduite admises. Les deux affaires sont liées et on les voit évoluer lentement vers leur résolution.

Mais dans ce livre, l’enquête et le polar ne sont pas le sujet principal. La question centrale du livre est la place de la femme dans la société en Arabie Saoudite. Les personnages féminins illustrent différents statuts de ces femmes niées. Elles sont opprimées par les hommes et la religion. Nayir est un homme pieux et il est obsédé par le péché lié à la sexualité. Il aimerait développer une relation avec Katya pour mieux la connaître avant de la demander en mariage, mais son rigorisme l’en empêche. Tous les hommes semblent obsédés par le sexe et les femmes en sont victimes. Ce livre est une plongée dans cette culture rétrograde et l’on assiste aux ruses que les femmes emploient pour s’en sortir. Nayir évoluera beaucoup au cours du livre et Osama représente un espoir d’ouverture. On assiste aussi à divers débats sur le Coran.

Un très beau livre, très dépaysant et qui nous fait nous réjouir d’être née femme en Occident !

Les mystères de Djeddah

3 juillet 2013 at 6 h 58 min 1 commentaire

Les chaussures italiennes, de Henning Mankell

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

J’ai commandé ce livre sans me renseigner sur son sujet et j’étais sûre qu’il s’agissait d’une enquête du commissaire Kurt Wallander. Mais ce n’est pas du tout un polar, toutefois il s’agit d’un tout grand roman et la surprise a été excellente. J’ai beaucoup aimé ce voyage en Suède  auquel nous convie Mankell.

Fredrik Welin est un chirurgien qui a mis un terme à sa carrière douze ans plus tôt après une erreur professionnelle. Il s’est retiré sur une île isolée de la Baltique, dans la maison qui fut autrefois celle de ses grands-parents. Il est misanthrope, rongé de remords et vit seul sur son île avec son vieux chien, son vieux chat et une fourmilière qu’il a laissé se développer dans la maison. Il ne fait pratiquement rien, hormis un bain quotidien dans l’eau glacée et la rédaction de son journal où il note la météo et les animaux observés. A soixante-six ans, il n’attend plus rien de la vie et ne voit personne hormis le facteur qui passe trois par semaine. C’est un hypocondriaque qui aime parler de ses soucis à Fredrik. D’une certaine façon ce dernier est un mort-vivant.

Et un beau matin surgit Harriet, une dame âgée avec son déambulateur, il la reconnaît tout de suite, c’est la femme qu’il a aimée quarante ans plus tôt et qu’il a abandonnée sans aucune explication pour aller faire un stage aux Etats-Unis. Il s’attend à ce qu’elle vienne régler ses comptes avec lui, mais elle lui apprend qu’elle a un cancer incurable et que son dernier souhait est d’aller voir un lac de montagne tous les deux ensemble comme il le lui avait promis des années auparavant.

Nous partageons ainsi  une année de la vie de ces deux personnes dont une n’espère plus rien de la vie et l’autre aimerait transmettre un peu d’espoir à son amoureux d’autrefois.  C’est un récit très touchant, mais pas fleur bleu du tout. La nature et le paysage sont des personnages à part entière et l’on n’a qu’une envie, s’acheter un billet d’avion pour la Suède pour découvrir cette nature âpre et belle. On rencontre d’autres personnages, également cabossés par la vie, rongés par les regrets ou la colère et dans lesquels on peut reconnaître des parts cachées de nous-même.

C’est un récit poignant, d’une grande humanité, qui offre une très belle réflexion sur les questions existentielles: le sens de la vie, les regrets, la vieillesse et la mort mais aussi l’amour,  le pardon et la tolérance qui permettent de repartir. Harriet offre un merveilleux cadeau à Fredrik et ce récit hantera longtemps le coeur des lecteurs.

Les chaussures italiennes

29 juin 2013 at 6 h 22 min Laisser un commentaire

Le brahmane et le pot de farine, contes édifiants du pancatantra

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

Il s’agit de la cinquième partie du plus ancien recueil d’aphorismes et de contes écrit en sanskrit, il a été composé entre le premier et le quatrième siècle de l’ère chrétienne par un auteur anonyme. Cette partie porte essentiellement sur des conseils pour être avisé dans la vie quotidienne et inciter les gens à réfléchir. Mais il ne s’agit pas de réflexion intense sur les questions ultimes. L’auteur recommande de ne pas prendre de décisions à la légère et d’être vigilent dans la vie de tous les jours.

Au niveau formel, le texte se présente comme une suite de petits contes, le plus souvent imbriqués les uns dans les autres. Il s’agit d’un dialogue. Un personnage raconte une histoire pour illustrer une idée et à la fin son interlocuteur renchérit avec une autre histoire. Presque tous les contes sont racontés par les deux mêmes personnages, des brahmanes partis chercher fortune et dont l’un est prisonnier de sa cupidité. Les contes sont interrompus à tout bout de champ par des sentences morales et pas seulement à la fin comme par exemple chez La Fontaine. Le texte est truffé de noms et de mots sanskrits, ce que j’ai trouvé très désagréable. Il y a certes un lexique à la fin du volume, mais je trouve très dérangeant d’avoir une dizaine de notes sur un petit texte de deux pages. Sans compter que plusieurs mots reviennent, mais vu leur complexité, je ne les ai pas reconnus et finalement la note renvoie à une autre note et c’est très lassant… Donc j’ai vite zappé les notes, ce qui est dommage car il s’agit souvent de jeux de mots expliqués dans la note et on manque quelque chose.

Parlons du contenu: Les personnages n’ont ni profondeur ni psychologie, ce sont en quelque sorte des marionnettes ou des archétypes, mais pas de vrais personnages littéraires. Leurs conseils sont centrés sur l’attention à porter à la vie quotidienne et sur une certaine sagesse atemporelle et commune à toute l’humanité: Ne pas être cupide, l’intelligence vaut mieux que la culture ou la science, ne pas être présomptueux etc. Les personnages sont soit des hommes (brahmanes, meunier, marchand, pêcheur…) soit des animaux: un lion ressuscité, des poissons, une grenouille, des singes. Les contes sont très courts, l’accent étant mis sur la morale et non les personnages.

Ce recueil intéressera surtout les passionnés de philosophies ou de religion orientales, les personnes qui ne sont pas attirées par cette forme de pensée risquent de s’ennuyer autant que moi à la lecture de ces contes.

Le brahmane et le pot de farine

 

25 juin 2013 at 5 h 58 min Laisser un commentaire

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