Les asségés du Mont Anis, de Laetitia Bourgeois

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Barthélémy et sa femme Ysabellis fuient leur village, Ysabellis aimerait s’en aller jusqu’à Naples, mais son mari estime que Le Puy à quatre jours de marche est suffisant. Ils s’y installent et commencent une nouvelle vie. Barthélémy trouve tout de suite un emploi de maçon auprès de Durand Solier et Ysabellis reprend sa tâche de guérisseuse et sage-femme. On ne sait pas très bien ce qu’ils ont fui au début du livre, mais on devine sans peine qu ce volume appartient à une série et que ces personnages ont déjà un passé.

Ils prennent peu à peu leurs repères dans leur nouvelle existence. Ysabellis se lie avec un mendiant et un enfant abandonné. Un jour, Durand emmène son ouvrier aux étuves, mais une servante maladroite renverse de l’eau sur ses vêtements, aussi demande-t’il à Barthélémy d’aller lui en chercher des secs à la maison. Le temps de revenir, il apprend que deux jeunes nobles ont été tués, ce sont en fait ses poursuivants et tout l’accuse d’être le meurtrier.

Présenté ainsi, ce livre semble un pur polar historique, mais ce n’est pas le cas en réalité et c’est avec beaucoup de réticence que je le classe dans cette catégorie, surtout par rapport à la collection à laquelle il appartient. Dans son village, Barthélémy était sergent et il est possible que les autres volumes de ses aventures aient une orientation plus policière. C’est surtout Ysabellis qui mène l’enquête assez discrètement auprès du mendiant et de quelques autres pour innocenter son mari. Pour moi il s’agit surtout d’un roman historique très très documenté, écrit par une spécialiste de l’histoire médiévale. L’enquête apparaît plus comme un prétexte à ce roman que son centre ou son pivot.

Donc si ce n’est pas de l’enquête sur ce meurtre, de quoi parle ce livre ? Et bien de la vie au Puy (qui s’appelait autrefois Mont Anis) en 1363, et il le fait avec brio. La ville a été ravagée par deux épidémies de peste et depuis quelques temps, la guerre de Cent ans commencée en 1337 s’étend jusqu’à l’Auvergne. Laetitia Bourgeois nous parle en spécialiste chevronnée de la vie quotidienne à cette époque et nous assistons à un assaut des routiers anglais.

Le style est très agréable, il y a un lexique à la fin pour les termes spécifiques et on apprend vraiment beaucoup de choses sur cette période. Ce livre est tout à fait passionnant, mais j’ai plus envie de la ranger dans la catégorie « nouvelle Histoire » façon Georges Duby que dans les thrillers historiques. J’ai particulièrement aimé le personnage d’Ysabellis, même s’il est plus convaincant en guérisseuse qu’en détective.

Les assiégés du Mont Anis

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11 août 2013 at 7 h 18 min Laisser un commentaire

Chronique d’hiver, de Paul Auster

Chronique réalisée pour Les Chronique de l’Imaginaire.

Paul Auster se défend de vouloir écrire son autobiographie, mais c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce livre. Mais venant de cet auteur, on peut s’attendre à un point de vue original et l’on est pas déçu : Il s’adresse à lui-même en se tutoyant, ce qui permet bien vite au lecteur de se sentir impliqué par ce Tu qui s’adresse autant à lui-même qu’à nous lecteurs. Autre originalité, il entreprend de nous raconter l’histoire de son corps. Il visite son existence à travers son corps et en dresse les souvenirs. Il nous parle de ses désirs, de ses douleurs, de ses accidents ou maladies, de ses amours et de sa judéité (circoncision). J’ai trouvé ce point de vue et cette manière de revisiter son existence très originale et inattendue. Il veut dresser un catalogue de données sensorielles.

Au fil d’un texte rédigé sans chapitre, avec des paragraphes plus ou moins longs, il nous parle des lieux où il a habité, des femmes qu’il a aimées, de ses enfants et de ses origines juives. Il parle aussi de sa mère récemment disparue, de façon très touchante. Ce livre raconte les choses concrètes de son existence, il n’aborde pas son rapport à l’écriture ou son aventure spirituelle et intellectuelle, qui feront l’objet d’un deuxième livre. Il nous fait partager son questionnement face à la vie, la vieillesse et la mort sans faux-semblants, dans un regard lucide sur lui-même. Dans ce Tu on  peut voir aussi un miroir qu’il nous tend et nous pousse à nous poser les mêmes questions. Comment envisageons-nous la vieillesse, le déclin du corps et la mort?

Ce livre permet de mieux connaître l’homme et son oeuvre, c’est un incontournable pour tous les fans de l’écrivain new-yorkais à l’univers si particulier. J’ai été particulièrement touchée par sa réflexion sur son identité juive, celle d’un enfant juif américain né juste après la guerre. Il sent le poids de la Shoah sur ses épaules, surtout lors de ses voyages en Europe et de sa visite des des camps où il a l’impression d’entendre les morts crier dans son dos. Toute sa vie est marquée par l’angoisse.

La mort est un des thèmes récurrents de ce livre, qu’il s’agisse de celle de ses parents, d’un camarade d’école décédé à quatorze ans, mais surtout de la sienne. Il y réfléchit intensément.

Un très beau livre, à l’écriture musicale, les phrases ont un rythme et ce long texte, seulement séparé en paragraphe se lit d’une traite. Je connaissais déjà les romans de Paul Auster, en particulier sa célèbre Trilogie new-yorkaise, mais c’est avec un immense plaisir que j’ai dévoré cette autobiographie particulière du plus français des écrivains américains.

Chronique d'hiver

7 août 2013 at 6 h 41 min Laisser un commentaire

Au lieu d’exécution, de Val McDermid

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire.

Le roman commence en 1963. George Bennett, jeune inspecteur chef de police de Buxton reçoit l’appel de son subordonné, Tommy Clough : Une jeune fille de treize ans est portée disparue à Scardale, un hameau isolé. Deux jeunes ont déjà disparu dans la région quelques semaines auparavant. Ils se sont volatilisés et plus personne ne les a jamais revus. George est partagé entre le plaisir d’avoir enfin une affaire importante à traiter et la compassion pour la famille de la victime.

Scardale est un hameau perdu en pleine campagne dans lequel on semble vivre comme au Moyen Age, le châtelain possède les douze fermes du village, en plus de son manoir et de toute la vallée. On ne recense que trois noms de famille et tous sont cousins. La jeune fille disparue, Alison Carter, est sortie promener son chien après l’école mais n’est pas rentrée. Sa mère Ruth est remariée depuis quelques mois avec Philipp Hawkin, le châtelain. Elle est est paniquée, on est au mois de décembre et Alison n’a pas beaucoup de chance de survivre à une nuit dehors. Hawkin, le beau-père de la disparue ne semble pas se sentir concerné et affirme qu’elle va rentrer sous peu. Les villageois sont hostiles à la police, mais ils participent aux recherches. On retrouve le chien attaché à un arbre et le lendemain des traces de lutte dans les bois.

Les jours et les semaines passent, Alison est introuvable. Georges et Tommy sont totalement obsédés par cette affaire et ils y consacrent tout leur temps libre. Ils n’espèrent plus trouver la jaune fille en vie. Anne la femme de George est enceinte et l’inspecteur prend conscience que son futur enfant pourrait aussi un jour se volatiliser. Pour George et Tommy, c’est la bataille de leur vie, les villageois s’ouvrent peu à peu et justice sera rendue.

Le roman pourrait se terminer ainsi, mais l’épilogue a lieu en 1998 et nous réserve un dénouement des plus machiavélique.

Nous suivons l’enquête de George dans ses moindres détails et elle se lit comme un journal d’époque, nous sommes complètement plongés dans la campagne anglaise de 1963. Même si cette partie est pleine de suspense, elle aurait gagné à être plus concentrée pour ne pas occuper les trois quarts du livre. Certaines descriptions sont un peu longues et n’apportent pas grand chose. Dans cette première partie, la psychologie des personnages mériterait par contre d’être plus développée, ils manquent d’épaisseur. La deuxième partie du livre, avec son dénouement inattendu est, elle,  parfaite.

Malgré quelques petits défauts, voilà un excellent polar à emmener en vacances. Il nous propose en outre une réflexion sur la justice, la culpabilité et ce qu’on en fait.

Au lieu d'exécution

4 août 2013 at 7 h 15 min Laisser un commentaire

Sacrilège, de S.J Parris

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé Giordano Bruno un an après les évènements relatés dans Le temps de la prophétie, soit en 1584. Par contre ce livre se réfère souvent aux évènements d’Oxford, qui sont racontés dans le premier opus de la série, intitulé Le prix de l’hérésie. C’est là que notre héros a rencontré la jeune Sophia.

Celle-ci arrive à Londres déguisée en garçon et cherche Bruno. Elle lui raconte ses malheurs : Elle a eu un enfant hors mariage qu’on lui a arraché avant de la marier contre son gré à Sir Edward Kingsley, un homme brutal qui la maltraite. Sir Edward est chanoine laïc de la cathédrale de Cantorbéry, il a de nombreux mystères et  a été assassiné. Comme Sophia s’est enfuie avec de l’argent, les soupçons se sont portés sur elle et elle sera condamnée au bûcher pour le meurtre de son mari si Bruno ne l’aide pas à retrouver l’assassin. Bruno est amoureux de la jeune femme et il obtient de ses protecteurs l’autorisation de se rendre à Cantorbéry.

Sir Francis Walsingham, chef de l’espionnage lui accorde l’autorisation mais le charge de la mission de surveiller son agent sur place, le chanoine Harry Robinson. Ce dernier vieillit et son patron doute de son aptitude au service.

Bruno se rend à Cantorbéry avec Sophia, toujours déguisée en garçon et persuadée que l’assassin est Nicolas, le propre fils de Kingsley, elle espère que Bruno pourra vite le prouver tandis que ce dernier rêve d’un avenir possible  avec la belle jeune femme. Toutefois, Bruno se rend vite compte que cet assassinat est loin d’être aussi simple. Sa tâche d’espion de la reine l’amène  à découvrir un audacieux complot pour renverser la reine, envahir l’Angleterre et mettre sa cousine Marie Stuart sur le trône.

Dans une ville particulièrement hostile aux étrangers venus des pays catholiques, Bruno doit mener une double enquête qui mettra sa vie en danger de nombreuses fois. L’auteur joue avec nos nerfs, le danger plane sans cesse sur le héros et l’on craint pour lui tout au long du livre. Les rebondissements se succèdent et le suspense ne baisse jamais tout au long des six cent pages de ce livre. Quant à l’identité de l’assassin de Sir Edward, elle en surprendra plus d’un.

Même si on ne sait pas si Bruno a effectivement  été espion au service de la reine d’Angleterre, pour le reste, le contexte est particulièrement bien rendu et on voit toute l’érudition de l’auteur, notamment en ce qui concerne la pensée de Bruno.

Même si cette enquête s’inscrit dans la suite de la précédente, on peut lire cette série de façon indépendante. C’est un excellent roman historique sur cette période, mais surtout un polar très réussi qui ravira tous les amateurs du genre, même si cette enquête est plus linéaire et moins riche que la précédente.

Sacrilège

31 juillet 2013 at 7 h 36 min 1 commentaire

La muraille de lave, d’Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

C’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé Indridason et son dernier roman paru en poche. Cette fois l’enquête n’est pas menée par le commissaire Erlendur Sveinsson, qui est en vacances et soigne sa déprime chronique au bord des fjords. Il est injoignable au téléphone, ce qui inquiète sa fille.

C’est un de ses coéquipiers, Sigurdur Olli qui est au centre de ce livre. Ce n’est pas du tout un policier charismatique comme son patron. C’est plutôt un technicien formé aux méthodes américaines, fasciné par la culture US et très peu sympathique. Il n’a que mépris pour les voyous et les ratés de la société et l’empathie n’est vraiment pas son fort. Toutefois son personnage évolue au cours du livre, il est tourmenté par son divorce et les problèmes de stérilité qui ont marqué leur couple et ça l’humanisera un peu, mais c’est un personnage plutôt terne et antipathique.

Un de ses anciens amis de lycée, un golden boy de la finance, lui demande de l’aide car il est victime d’un chantage : Avec sa femme il participe à des soirées échangistes et on les menace de publier des photos compromettantes sur le Net s’ils ne paient pas. Sigurdur accepte de l’aider à titre privé, il se rend chez la femme qui les fait chanter pour essayer de lui faire entendre raison mais la trouve mortellement blessée, battue à mort à coup de batte. Lui-même n’échappe que de justesse à l’agresseur.

Sigurdur se lance dans l’enquête officiellement cette fois, il s’occupe de plusieurs affaires qui se recouperont ou non, les fausses pistes se multiplient et le suspense ne manque pas dans ces investigations haletantes.

Le principal sujet du livre est la déroute financière  de l’Islande, qui sera même acculée à la faillite comme on s’en souvient. Indridason décrit un monde qui n’a plus de repères moraux, où tout est permis tant qu’on peut se l’offrir, que ce soit la drogue ou les déviances sexuelles en tous genres. C’est un roman très noir qui dénonce une société de consommation effrénée. Les personnages ne dégagent aucune joie de vivre et  semblent n’avoir aucune limite. Si l’inspecteur est dur et méprisant avec les petits délinquants qu’il arrête, il n’a aucune complaisance pour le milieu corrompu dans lequel il enquête.

Un très intéressant polar sur le milieu de la finance et un grand coup de coeur.

La muraille de lave

27 juillet 2013 at 6 h 39 min Laisser un commentaire

Destination Kailash, de Colin Thubron

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

Colin Thubron est un écrivain voyageur anglais très connu qui a remporté de très nombreux prix. Il est classé parmi les cinquante meilleurs écrivains du vingtième siècle par le Times. Dans ce livre nous suivons son périple vers Kailash, la montagne sacrée des bouddhistes et des hindous, située au Tibet. C’est la dernière montagne inviolée de la planète, aucune expédition n’ayant jamais reçu l’autorisation de la gravir.

Par contre c’est un lieu de pèlerinage très important pour les croyants de ces deux religions. Les pèlerins font le tour de la montagne, de laquelle  les quatre plus importants fleuves d’Asie sont issus, chacun à l’un des points cardinaux du Kailash.

Thubron est parti quelques semaines après la mort de sa soeur sans bien savoir ce qui l’attire là-bas. Nous suivons son voyage effectué à pied comme il se doit depuis le Népal avec un guide, un porteur et un cuisinier. Il chemine à travers les montagnes et les vallées, rencontre des habitants du coin et d’autres pèlerins. Il s’arrête dans plusieurs monastères et parle avec leurs responsables.

Il s’intéresse à l’histoire des lieux traversés et aux problématiques actuelles de la région, liées à la pauvreté principalement. Plusieurs de ses interlocuteurs aimeraient avoir accès à l’éducation pour eux-même ou surtout pour leurs enfants, mais c’est très difficile voire impossible vu les conditions politiques et matérielles. Les mariages arrangés sont encore la norme et la société locale évolue peu.

J’ai retrouvé l’ambiance des livres d’Alexandra David-Neel dans ce voyage et un peu de mon adolescence, époque où les livres de cette dame étaient très à la mode. J’ai beaucoup aimé le vocabulaire très riche de Thubron, ses descriptions très poétiques des pays traversés et son regard plein d’humanité sur les personnes rencontrées.

Par contre la spiritualité orientale et son évolution historique ne m’a pas du tout intéressée. Le sujet revient très souvent tout au long de ce récit. Il n’est pas traité de manière ennuyeuse, loin de là et je suis sûre que cet aspect passionnera toutes les personnes qui s’intéressent à ce sujet. Mon désintérêt à ce propos n’est pas dû à la qualité du livre, bien au contraire, mais à mes choix personnels qui sont très éloignés de ce type de spiritualité.

En dehors de cela, j’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir une région du monde que je ne connaissais pas beaucoup avec une grande poésie. La réflexion sur les motivations qui nous poussent à agir est aussi très intéressante. Un excellent livre à emmener en vacances.

Destination kailash

23 juillet 2013 at 6 h 41 min Laisser un commentaire

Les jours étranges de Nostradamus, de Jean-Philippe Depotte

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Philibert Sarrazin est médecin à Lyon en cette année 1559, c’est un notable protestant, à une époque où la tolérance religieuse n’est pas de mise. Il se rend à Paris pour assister à une dissection clandestine. Les autorités interdisent les dissections humaines et la médecine nouvelle, celle de Paré, n’arrive pas à percer l’obscurantisme de la médecine traditionnelle de Galien et d’Hippocrate. Philibert croit fermement dans le progrès et la science. A peine arrivé à Paris, il retrouve un de ses anciens condisciples et ils s’en vont déterrer une morte à peine ensevelie. Mais c’est un piège et des soldats emmènent Philibert chez un gentilhomme qui lui laisse le choix entre la potence et le fait d’espionner son beau-frère Michel de Nostredame, dit Nostradamus, le célèbre astrologue de la reine Catherine de Médicis. Le même jour le roi Henri II est blessé dans un tournoi comme l’a prédit Nostradamus et Philibert est envoyé à son chevet. La blessure dépasse les possibilité de la médecine de l’époque et l’état du roi est désespéré.

Philibert rentre à Lyon, mais le soldat du gentilhomme parisien l’y a précédé pour avertir sa femme. Celle-ci est sage-femme et le dernier accouchement qu’elle a pratiqué s’est mal terminé. Philibert comprend que les autorités ne vont pas tarder à l’arrêter. Les Sarrazin décident d’envoyer leurs enfants à Genève chez leur parrain, Jean Calvin et ils prennent le route de Salon pour percer les mystères de Nostradamus comme on le leur a demandé. Philibert a de l’estime pour lui, alors que sa femme Louise le déteste, elle l’accuse d’avoir assassiné sa soeur Isabelle, son épouse vingt ans auparavant. Ils se mettent en route et vivront bien des aventures sur la route et surtout dans la ville de Salon.

Ce livre est édité dans la collection Science fiction de Folio, mais il ne s’agit pas de ce genre-là. Il s’agit plutôt d’un roman historique teinté de fantastique. La fin de l’histoire est très étrange et l’on peut l’interpréter soit comme du fantastique, soit comme un roman psychologique, une espèce de rêve que ferait Nostradamus, une sorte de dédoublement de personnalité. Personnellement je pencherais plutôt pour cette version.

Tant Philibert est un personnage à la fois naïf, généreux et moderne qui se pose les bonnes questions, tant Nostradamus est un prétentieux imbuvable. Les notables de Salon sont aussi particulièrement versatiles et peu sympathiques. Les personnages féminins principaux, Louise et Diane, sont intéressants, ce sont de beaux portraits de femmes qui essaient de trouver leurs marques et d’être libres dans une société oppressante.

Outre les péripéties d’un bon roman historique, je trouve que le principal intérêt du livre est dans la confrontation des idées. Philibert oscille du protestantisme au catholicisme selon les moments et je trouve que le débat entre ces deux points de vue est très bien restitué. Si les bourgeois de Salon sont plutôt caricaturaux, Philibert a bien su saisir les enjeux du débat. Son dialogue avec Dieu est plutôt moderne et nombre de chrétiens d’aujourd’hui se posent les mêmes questions en employant d’autres mots. Le débat sur la prédestination, même si on n’emploie plus ce terme existe toujours dans certains courants protestants. Philibert saisit aussi tout à fait les enjeux de la pensée moderne, lorsque Nostradamus lui dit que le monde est ce que les hommes en font, idem dans sa réflexion sur la sorcellerie (à croire qu’il avait prédit les idées de Sartre !!). J’ai trouvé que la réflexion sur les idées et les concepts qui agite Philibert est particulièrement intéressante et montre la racine ancienne de ces questions existentielles que l’on se pose encore, même si c’est avec un tout autre langage. Un livre que j’ai eu grand plaisir à lire.

Les jours étranges de Nostradamus

19 juillet 2013 at 6 h 25 min Laisser un commentaire

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